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Lundi 16 avril 2007
Ecriture



10 h du soir un mardi. Dans son appartement au troisième étage d’un immeuble de banlieue Jean Baptiste songeait. Allongé sur son lit, le garçon de 16 ans suivait du regard les longues fissures de son plafond. Chacune de ces rainures dans le plâtre étaient comme autant de fils mystérieux qui menaient à un but originel qu’il ignorait. Sa chaîne hifi diffusait dans la pièce une musique calme à la guitare électrique vagabonde.

Il était seul et il sentait son cœur battre paisiblement dans sa poitrine, dans cet état qui précède les nuées du sommeil.

 

Il était bien loin d’imaginer ce que le destin lui avait réservé, ce soir d’hiver.

 

Dans l’escalier, devant la porte de son appartement, un couple encapuchonné dans des capes qui auraient paru dater d’un temps fort lointain si l’on y avait prêté attention venait de s’arrêter.

 

_ C’est bien là, pas de doute, dit l’homme, un grand brun à la carrure comparable à celle d’une armoire normande et qui ne devait pas avoir plus d’une trentaine d’année.

_ Ver…Vermersch, oui c’est son nom, répondit la femme en déchiffrant la petite étiquette au dessus de la sonnette. Elle paraissait avoir près de vingt-cinq ans et ses cheveux noirs tombaient jusqu’à sa taille. Ses traits fins étaient particulièrement remarquables et sans sa capuche on aurait pu voir que ses oreilles pointaient légèrement à leur extrémité.

_ Très bien. L’autre dit cela avec l’intonation du guerrier qui va décocher sa flèche, intonation ou se mêle force et détermination extrême...

 

La porte était une de ces portes modernes qui veulent paraître solide. En l’occurrence elle ne l’était pas...

 

Après l’avoir fracturée avec autant de facilité que s’il avait s’agit d’une simple planche de contre plaqué, les deux inconnus pénétrèrent dans l’appartement d’une démarche féline. De son côté Jean Baptiste n’avait rien entendu, sa chambre étant séparée de l’entrée par plusieurs pièces et ses paupières s’étant fait lourdes depuis un certain temps...

 

Cependant l’homme et la femme qui avaient paru parfaitement professionnels dans leur intervention jusqu’à présent paraissaient éprouver plus de difficulté quand à la traversée de l’appartement : ils étaient simplement perdus, comme si l’ameublement d’un banal salon avait été celui d’un autre monde…

Il faut dire aussi que se mouvoir au milieu de tables, de chaises et de bibelots en tout genre à 11h du soir sans allumer la lumière n’est pas une chose particulièrement aisée…

 

Cependant ils finirent par trouver l’emplacement de la chambre où le garçon dormait paisiblement.

 

Avec moult précautions ils ouvrirent la porte et s’y introduirent. L’halogène était resté allumé et, après ce qui ressembla à un instant de réflexion profonde devant l’objet, les mystérieux inconnus se tournèrent vers le jeune homme assoupi.

 

La femme se planta au niveau de son visage et l’homme s’accouda à une commode Ikea.

Soudain, au bout d’un certain temps il hurla :
 
_ Ca suffit !!!

_ Oui, c’est parfaitement intolérable ! Renchérit sa compagne.

 

Réveillé en sursaut Jean Baptiste regarda avec effroi et stupeur ces deux personnes masquées qui s’égosillaient dans sa chambre, se faisant la réflexion qu’il était sûrement au milieu d’un cauchemar particulièrement désagréable. Mais au bout de quelques secondes il réalisa qu’il n’en était rien et qu’il était réellement avec deux individus dont le trouble psychologique et comportemental ne faisait aucun doute.

Il parvint quand même à bégayer la seule phrase sensée qu’il pouvait formuler :

 
_ Mais… Qui êtes vous ??

_ Ca c’est le comble, s’écria la jeune femme, et elle laissa tomber sa cape, dévoilant une magnifique robe pourpre uniquement lacée à la ceinture par une fine lanière de cuir brun. Sans sa capuche on pouvait voir, et admirer, sa chevelure de jais où étaient nouées par endroit de petites tresses.

_ Alors ? Tu ne me reconnais toujours pas ?

_ Heu… pas franchement, répondit le garçon complètement médusé par l’incongruité et la splendeur de la tenue, et… du reste.

_ Peut-être qu’au moins moi je te rappellerais quelque chose, dit l’homme. Et lui aussi enleva sa cape grise, d’un large revers de main.

 

Il portait une tenue moyenâgeuse, avec un plastron rouge rehaussé de quelques arabesques qui paraissaient cousues d’or. Mais surtout à sa ceinture était attaché une large épée au manche incrusté d’un métal de couleur noir. À l’extrémité de son pommeau était fixé une énorme gemme à l’éclat doré qui paraissait briller d’elle-même.

 

_ Non… Heu… Non plus, non… désolé… Jean Baptiste commençait à être franchement embarrassé.

 

_ Mais, je suis Marc !!! S’écria l’espèce de chevalier, d’un ton exaspéré.

_ Et moi Alae, reprit la femme.

_ Nous sommes tes héros ! Dirent-ils en cœur, d’une voix pareille à celle d’une mère qui gronde son petit enfant qui a mangé toute la tablette de chocolat.

_ Et cela fait à peu près huit mois que tu nous laisses moisir dans des conditions inimaginables, même pour le plus vaillant des héros d’Haëlor, s’énerva l’homme. Pour ma part je n’en peux plus de trimer dans ces chantiers pour ces Elfes esclavagistes. J’ai perdu mon amour, Alae, mon guide, Ledd, et presque tous mes amis ! J’ai des courbatures absolument terribles à force de couper des arbres, ça doit faire à peu près six mois que je ne peux plus m’asseoir correctement sur une chaise, et quand à mes pouvoirs je n’en parle même pas…

 

Mais avant que le garçon n’ait pu dire quoi que ce soit ce fut au tour de l’héroïne de crier sa haine et son désespoir à son créateur inconscient.

 

_ Et moi alors ?? Je pourris dans une geôle pendant des semaines… Jamais je n’arriverai à porter mon message au roi ! En plus je suis séparée de Marc, je suis dans une terre complètement inconnue, et mon pouvoir, pour lequel j’ai sacrifié toute mon enfance et presque l’ensemble de ma vie affective ne me sert absolument à rien. Si seulement j’avais un poignard ou quelque chose de pointu ma science des armes me permettrait de pouvoir m’en sortir, de m’évader, mais non, monsieur nous boude !

 

Et sous les yeux exorbités de Jean Baptiste, alors qu’enfin l’idée de s’excuser venait de lui traverser l’esprit et qu’il allait la mettre en application la superbe femme fondit en larmes.

 

_ Je craque… murmura t’elle entre deux sanglots, reniflant bruyamment et perdant presque toute sa superbe...

 

Son compagnon s’empressa de prendre la belle dans ses bras, saisissant l’occasion de la revoir alors que le scénario les avait séparés depuis si longtemps…

 
 

Et devant ses deux héros sanglotants, blottis l’un contre l’autre devant lui, Jean Baptiste se dit que finalement il allait peut-être reprendre l’écriture du manuscrit qui traînait sur son bureau, écrasé de poussière…



Une petite nouvelle écrite pendant les vacances...



 
Par Xoyfire - Publié dans : Essais
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Vendredi 26 janvier 2007
Il chassa de son esprit fatigué toutes ses pensées, tenta de dépasser son mal de tête qui allait croissant depuis qu’il s’était allongé sur la paille qui lui servait de lit.
Il devait uniquement se concentrer sur ce pouvoir qu’il sentait en lui, comme une part de lui-même inutilisée qui n’attendait qu’un seul geste pour jaillir et se libérer de cette enveloppe charnelle qui l’oppressait. Il devait seulement être capable de faire ce geste. Mais il ignorait complètement comment s’y prendre.
 
Oh qu’il aurait aimé avoir Ledd près de lui pour lui expliquer tout ! Il semblait au garçon que la vieille illustration connaissait tout ce qui régissait le monde et avait la réponse à chacune de ses questions.
Cependant il y avait toujours une petite partie énigmatique au fond de Ledd. Ah ! Encore la désagréable impression que le grimoire ne lui disait pas tout et qu’il lui manquait des données…
Depuis le début il avait chassé cette pensée avec dégoût. Comment pouvait-il imaginer que son maître, son plus grand ami le tromperait ? Mais elle semblait persister et lui revenait encore de temps à autre…
 
Quelque chose clochait dans son statut de doué mais il ne savait pas quoi. Rien n’aurait pu prouver que cette impression était vraie, ni qu’elle était fausse…
C’était comme une intuition, quelque chose en lui qui trouvait qu’il manquait une pièce au puzzle. Les paroles de Ledd lui revinrent à l’esprit : « Jusqu’à ce jour aucun doué n’est mort de mort naturelle. » Cela ne le rassurait pas vraiment…
 
Alors il chercha simplement. Il s’agissait visiblement d’un travail intérieur car il ne voyait pas quel enchantement aurait pu faire surgir la magie qui était en lui. Il essaya donc de trouver quelque chose pour le libérer. Il ferma doucement les yeux…
 
Il sentait son esprit et ses nerfs mis à vif par son mal de tête incessant et cette créature effrayante qui hantait ses nuits et le privait de tout repos. Il se rendit compte combien il était éprouvé intérieurement. Il ne céda cependant pas à la tentation de laisser l’accablement et la lassitude l’envahir. Il devait être fort. Pourtant tout son être réclamait un repos que sa volonté lui refusait encore. Le jeune homme se mit à transpirer tandis que des images apparaissaient devant ses yeux clos. Il explorait ses perceptions, tout ce qu’il ressentait, et chercha à découvrir en lui où se tapissait l’étrange pouvoir. Mais il lui semblait que quelque chose s’opposait à lui en permanence. Quelque chose, à l’emprise glacée l’empêchait de vraiment se comprendre et de découvrir ce qu’il cherchait.
 
Après deux heures d’une terrible exploration de son esprit enfiévré une évidence s’imposa au jeune homme. C’était Elle. La créature de ses nuits torturées, de ses sombres rêves. Celle qu’il n’avait cessé de combattre.
Il commençait à sentir maintenant combien son emprise était grande, combien elle s’était infiltrée dans son esprit, pernicieusement. C’était Elle qui lui imposait une sorte de blocage mental à chaque fois qu’il voulait se remémorer un moment où il avait été heureux. Il y arrivait avec de plus en plus de peine. Tout le temps des images terribles lui rappelant un moment de détresse infinie ou quelqu’un qu’il chérissait et qui n’était plus là tentaient de s’imposer à son esprit.
 
Ce n’était peut-être que la folie qui s’emparait doucement du pauvre esprit tourmenté et accablé du garçon mais il lui semblait que la créature de ses nuits était derrière cela. Il ne pouvait pas imaginer que naturellement son esprit essayerait de raviver et d’attiser son désespoir.
Mais progressivement tout devint flou dans les pensées du jeune homme. Il sentait les ténèbres l’envahir. Le sommeil était là, plus pressant et plus attirant que jamais, telle une main de fer gantée de velours. Il savait d’avance que s’il dormait cela ne serait pas d’une façon réparatrice... Mais tout était trouble maintenant. Des formes et des arabesques aux mille couleurs lui venaient à l’esprit. Il n’était plus conscient depuis longtemps lorsqu’il lui sembla qu’une brume grisâtre et filandreuse montait progressivement au milieu de la joie et la lumière que lui apportaient les serpentins colorés qui l’avaient jusque là entouré. Il était dans un monde onirique dont le contrôle lui échappait totalement.

Il n’y avait plus ni sol ni ciel ni droit ni gauche, uniquement du gris et l’obscurité croissante qui chassait la lumière colorée du début.

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Par Xoyfire - Publié dans : Entrez en Haëlor...
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Jeudi 4 janvier 2007
Chapitre 6 : Luttes et évasions
 
 
 
 
 
« Et encore une autre journée de travail abattue ! » Le jeune homme semblait s’étonner lui-même de ce fait…
 
Une quinzaine de jours était maintenant passée depuis qu’il avait été conduit aux Chantiers et il ne s’y était toujours pas habitué... Les autres l’avaient dans le sang ces Chantiers, pas lui. Son corps souffrait, et son esprit aussi. Depuis une bonne dizaine de jours il ne faisait que des cauchemars, toutes les nuits. Et toujours le même.
 
Une créature terrible, pareille à un obscur spectre, hantait ses nuits. Il se battait contre elle tous les soirs, aux milieux de ses rêves. Il lui semblait qu’Elle voulait le dévorer impitoyablement, en songe. Lui n’avait qu’une épée pour se défendre et elle était si grande… Elle se dressait devant lui de toute sa hauteur à chaque fois, en sifflant, puis fondait sur lui. Et alors qu’il la combattait, luttant de toute ses forces au milieu de ses songes, il revoyait Alae, il revoyait Ledd, il revoyait ses parents… Il lui semblait qu’il revivait les images de tout ce qui le désespérait le plus au contact de cette bête malfaisante. Cependant il luttait, avec la rage et la force terrible de celui qui n’a plus rien à perdre. Jusqu’à présent il n’avait pas cédé un seul pouce de terrain au monstre hideux de ses nuits. Mais il sentait en lui-même qu’il faiblissait, malgré lui et chaque nouveau combat était plus dur, plus âpre encore. Quand il se réveillait le matin une fine pellicule de sueur glacée entourait son corps. Même le jour il n’avait pas de repos. Car en plus de ses travaux de force un mal de tête lui broyait le crâne. C’était comme si un énorme étau froid lui enserrait l’esprit, lui faisant perdre peu à peu toute sensation, ne laissant que de la douleur et du désespoir.
 
Seules deux choses permettaient au garçon de tenir et de résister encore :
 
Sa détermination sans faille, sa terrible volonté lui imposait de vivre pour accomplir sa mission. Elle lui permettait d’endurer toute les épreuves que lui imposait la vie sans rechigner.
 
Et surtout ses amis. Car il n’était pas seul. Toute son équipe était soudée autour de lui et l’aidait à s’habituer à son nouveau métier de forçat. Tous à leur façon essayaient de soutenir le petit nouveau qui les avait rejoint.
 
Thÿrill faisait plus que sa part dans leur duo tout le long de la journée, Marc s’en était rendu compte et apportait sa bonne humeur et son rire franc à la tristesse de toutes ces mornes journées. Martha était pour lui comme une seconde mère, douce et attentionnée. Hutt et Joth et lui expliquaient toutes les astuces et les secrets de la vie de Forçat, Rakhor et Fritz le protégeaient des autres détenus et de leur brutalité, et les trois Elfes avaient avec lui de longues discussions plus où moins philosophiques qui permettaient au garçon de s’élever un peu de ces Chantiers qui mobilisaient toute son attention et usaient tout son corps. Jamais il n’aurait pu supporter sans chacun d’eux les épreuves qui l’accablaient.
 
Mais Marc n’avait depuis son arrivée qu’une seule idée en tête : S’échapper au plus vite de ces oppressants Chantiers.
 
Il avait donc commencé son enquête parmi ses neuf compagnons. Mais à chaque fois qu’il tentait d’en parler avec l’un deux il blêmissait et s’affolait, comme si quelqu’un aurait pu les surprendre et les en punir, jetant des regard inquiets par-dessus son épaule. Nul ne voulait parler de ça, à l’étonnement du garçon. La seule réponse que Marc avait pu recueillir lui avait été donnée par Thÿrill, si doucement que le jeune homme avait presque du coller son oreille à la bouche du nain pour comprendre ce qu’il murmurait. Même lui avait peur.
Il lui avait expliqué la raison de ce silence affolé : en fait quiconque parlait de fuite où d’évasion était tué par les Elfes, ce qui paraissait normal. Mais il lui apprit aussi que tous les arbres étaient en réalité des espions Elfiques. Ils écoutaient toutes les conversations des prisonniers et s’ils décelaient quelque chose de suspect ils prévenaient aussitôt les Elfes qui abattaient la personne désignée dans l’heure.
De plus il était impossible de s’évader car les fers qu’ils portaient tous aux pieds et aux mains qui servaient à les enchaîner étaient enchantés. Ils n’étaient pas destructibles par tout ce que l’on aurait pu imaginer, malgré leur apparence banale et rouillée.
Aucun acier ni presque aucun sortilège ne pouvaient entamer leur solide composition. On ne pouvait donc pas fuir pendant le seul moment ou il aurait été possible de le faire, la nuit.
En effet de jour même le garçon convenait qu’ils ne pouvaient pas s’évader. Des gardes particulièrement attentifs, comme seuls les Elfes peuvent l’être, surveillaient avec attention chaque Décade, prêts à donner l’alerte ou à abattre les fuyards de flèches lancées avec précision.
Il avait aussi parlé aux arbres, pour essayer de mieux les comprendre et leur demander de l’aide. Mais ceux-ci ne lui avaient même pas répondu. Il n’avait jamais imaginé qu’ils auraient pu être si froid…
 
Mais le garçon comprenait enfin les raisons de l’accablement et de la résignation qu’il pouvait lire dans tous les yeux Marc ne se découragea pas pour autant.
 
Cette nuit là justement, peu pressé de s’endormir malgré la fatigue et son terrible mal de tête, car c’était pour retrouver ses cauchemars, il songea.
« Si je ne peux pas m’échapper de jour je dois le faire de nuit... Or, la seule possibilité que laissait entendre Thÿrill était que l’on pouvait briser les fers par un sortilège. Mais il a aussi précisé que la plupart étaient inefficaces… Je dois donc être capable de lancer un sort qui puisse me libérer…
Cela devrait être possible. Je suis le Doué tout de même ! Il faut que je maîtrise cette puissance que je sens au fond de moi, qui bout dans mes veines. Je dois pouvoir le faire, même sans l’épée réceptrice. Elle amplifie mes pouvoirs, ce qui signifie que je peux quand même les utiliser sans elle, malgré une puissance moindre... Il faut que j’y arrive. » Se raisonnait-il avec détermination, dans la quiétude de la nuit. Et avant de s’endormir ce soir là il essaya. Il ferma les yeux et attendit...
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Par Xoyfire - Publié dans : Entrez en Haëlor...
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