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Mercredi 19 avril 2006
Mais à quelques dizaines de lieues de là une sinistre troupe chevauchait au grand galop à travers la nuit. Elle venait des terres Elfiques et empruntait maintenant le petit chemin de traverse qui conduisait à une verte clairière. Celle de Marc...
 
En tête avançait sur un étalon noir l’horrible et froid Kalak. Entièrement drapé de noir, sa longue cape de voyage usée flottant derrière lui, il affichait un sourire cruel dévoilant ces dents pointues, parfaitement blanches.
Il souriait toujours de cette manière quand il savait qu’il allait tuer.
 
Derrière lui, montés aussi sur de puissants chevaux, galopaient plusieurs dizaines de Roths. Ils portaient des masques de guerre en solide acier, peints de couleurs sombres. Leurs chefs avaient les leurs de couleur rouge sang…
 
Le violent guerrier les avait tous choisis personnellement, pour leurs capacités et leur hargne au combat. Ils étaient équipés d’épées courtes dont les lames de certaines étaient barbelées. Dans leur dos était passé un long arc de bois noir cerclé d’acier. Des dagues effilées étaient attachées à leurs ceintures de cuir ou enfouies sous leurs épais vêtements.
 
Sur leurs corps musclés était tatoué l’arabesque compliquée qui constituait l’emblème du plus puissant des quatre Noirs, celui de Lasash. Elle était d’un vert foncé et les Roths la portait sur leurs puissantes épaules et avant-bras.
 
Malgré leur épuisante traversée de la forêt les terribles guerriers ne sentaient pas encore la fatigue du voyage et l’idée d’en avoir bientôt fini avec cette Elfe, cette Altaï, les rendaient de bonne humeur…
En effet leur grand chef avait été tué pour l’avoir laissé s’enfuir, et par ce même Mage avec lequel ils galopaient maintenant. Ils avaient hâte de repartir et plus il y aurait de distance entre eux et ce funeste Sorcier mieux ils se porteraient, pensaient t’ils. En effet malgré leur cruauté, leur force et leur courage ils étaient tous terrifiés par Kalak.
 
Ils l’avaient vu décapiter d’un seul coup sec et rapide leur chef vénéré alors qu’il l’accueillait et lui souhaitait la bienvenue dans leur campement il y a quelques jours et ils s’en souvenaient...
Il maniait toutes sortes d’armes avec une immense dextérité et tous avaient à l’esprit qu’il pouvait à lui seul les exterminer jusqu’au dernier si l’envie lui prenait, et elle était malheureusement envisageable...
 
 
L’effrayante troupe finit par arriver au niveau de la clairière où avait vécu le garçon.
 
Aussitôt, sur un geste du sorcier, les cavaliers se déployèrent et encerclèrent la cabane de bois. Le silence se fit à nouveau tandis que tous attendaient la réaction de leur maître. Celui-ci huma délicatement l’air. Et son sourire disparut...
 
Il descendit prestement de selle et s’avança seul dans l’herbe humide. Tout était silencieux dans la forêt endormie et seul les hennissements des bêtes troublaient l’apparente quiétude du lieu.
Lorsqu’il arriva devant la porte de bois vert soigneusement fermée le lugubre guerrier marqua une pause. Puis, brusquement, il l’enfonça d’un simple coup de pied. Il dégaina alors une dague acérée au manche doré et entra.
 
Lorsqu’il vit que tout était vide le Sorcier ressortit avec calme. Ses yeux scrutaient l’obscurité sans aucune difficulté car il voyait presque dans la nuit comme en plein jour.
 
« Raté. » Murmura t’il pour lui-même. «  Mais ils ne m’échapperons plus très longtemps. » Ajouta t’il posément, en retrouvant en partie son rictus cruel.
 
Une fois dehors il alla vers l’un des Roths qui attendait et lui dit avec autorité :
 
_ Allume une torche et met le feu à cette cabane. Je veux qu’il n’en reste que des cendres.
_ Bien seigneur, répondit l’autre avec empressement.
 
Et, embrasant une torche, il la jeta sur le toit de chaume de la cabane qui prit feu instantanément, transformant tout en un immense brasier. De la fumée noire s’échappa et monta dans le ciel étoilé.
De longues flammes orangées jaillirent, brûlant le bois dans un crépitement suivi de volées d’étincelles.
 
Tous les Roths regardaient avec indifférence la cabane de Marc se consumer. La seule chose qui leur importait maintenant était la réaction de leur chef.
« Comment se faisait t’il que leurs sources aient été mauvaises ? » Vraiment ils ne donnaient pas cher de la vie du pauvre chef du village qui leur avait indiqué la route menant à cette cabane en tremblant de tous ses membres.
 
Mais ce qui devait arriver arriva et l’imposant sorcier noir fit descendre de cheval l’un des sous-chefs aux masques rouges. L’autre, sachant déjà ce qui allait lui arriver tenta de tirer son épée, au dernier moment. Mais avant même qu’il n’ait eu le temps de la brandir l’envoyé de Lasash lui avait planté jusqu'à la garde dans le ventre sa dague incurvée au manche doré.
 
Kalak sourit cruellement et regarda avec bien-être le Roth qui fut secoué de quelques tremblements puis tomba a genoux sur le sol, et finit par s’écrouler face contre terre dans une mare de sang vermeille à ses pieds.
 
Ayant apaisé sa soif de sang, Kalak retira doucement son arme ensanglantée et remonta en selle sans même jeter un regard au puissant Roth râlant. D’un geste autoritaire de la main il signifia à ses troupes terrifiés et dégoûtées par ce à quoi ils venaient d’assister qu’il devaient repartir sur le champ et il lança sa monture au galop.
 
Et le Sorcier en toge noire enfila d’épais gants noirs de cuir clouté alors qu’ils repartaient à travers la nuit, ne laissant que des cendres derrière eux.
 
 
***
 
 
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Par Xoyfire - Publié dans : Entrez en Haëlor...
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Dimanche 16 avril 2006
Alae avait maintenant complètement confiance en Marc. « J’ai la chance fabuleuse de voir un doué ! Ce n’est arrivé qu’à une toute petite minorité de personne sur plusieurs siècles ! » S’était-elle dit joyeusement.
 
Et elle allait pouvoir parler avec lui pendant toute la durée de sa mission...
Vraiment celle-ci resterait à jamais gravé dans sa mémoire. Mais elle ne devait pas perdre de vue pour autant cette mission justement. Malgré tout ce qui lui était arrivé sur le plan émotif elle avait toujours un devoir à remplir, au nom de sa reine, de son peuple et de toutes les personnes qui étaient mortes pour elle. Et elle toucha une fois de plus le métal froid de l’Oxal qui était attaché au bout d’une petite chaîne pendant à son cou et enfoui au milieu de sa poitrine. Le petit talisman de métal qui renfermait le message de sa reine pour le roi des Humains.
Il devait absolument arriver à destination. « Et rien ne pourra m’empêcher de le transmettre », se redit-elle fermement.
« J’espère seulement que si nous sommes attaqués par des Roths ils ne seront pas plus d’une trentaine ! » Songea t’elle avec une inquiétude que dissipa rapidement sa détermination exacerbée.
 
Finalement la jeune Elfe se laissa envahir par la douce tiédeur des braises rougeoyantes et sombra dans le sommeil.
  
Marc de son côté avait finit par se redresser, après de nombreux efforts. Il était déjà complètement courbaturé ce qui lui rappela qu’il ne faisait vraiment pas assez d’exercice…
Mais il ferma ses paupières et attendit. Lentement les troncs aux racines noueuses et enchevêtrées des arbres alentours lui apparurent. Enfin, ils devinrent clairs dans son esprit.
 
Il leur dit alors d’un ton posé :
 
_ Je vous salue, anciens.
_ Comment te nommes tu, toi qui peux nous parler ? Demandèrent t’il de leurs voix graves et profondes. Marc remarqua cependant qu’ils avaient prit un ton agacé.
_ Mon nom est Marc, répondit-il, embarrassé.
_ Que nous veux-tu Marc ?
_ Je m’excuse de troubler votre repos, continua t’il, penaud, mais je voulais vous demander si vous n’aviez pas vu d’humains aux alentours.
_ Et bien non, fils de Gaïa, vous êtes, toi et ton amie, les seuls sur des lieues à la ronde.
_ Merci à vous, dit le garçon. Je ne vous importunerais donc pas plus longtemps.
_ Très bien jeune Humain, répondirent les arbres d’une voix glaciale.
 
Et le jeune homme rouvrit les yeux.
Aussitôt les troncs d’arbres usés s’évanouirent et il se retrouva de nouveau dans la clairière, Alae dormant paisiblement près de lui. Il soupira. Décidément le caractère des arbres variait selon l’endroit dans la forêt ! Et ceux-ci n’étaient vraiment pas aimables…
L’idée de passer la moitié de la nuit à veiller pour rien n’enchantait pas vraiment Marc et il aurait bien parlé avec ces arbres pour passer le temps. Il avait initialement prévu de faire sortir Ledd de son coffret mais deux problèmes relativement importants s’opposaient à ce projet : premièrement il devait se lever, ce qui constituait un effort non négligeable, et secondement il ne devait pas réveiller Alae !
 
Cependant il consentit à dépasser ces obstacles, malgré ses courbatures, et il alla sans faire de bruit chercher le coffret de bois incrusté dans ses affaires auprès des chevaux qui se reposaient.
 
Il retourna ensuite s’asseoir auprès du feu agonisant. Il toucha alors brièvement la serrure et le petit déclic habituel se fit entendre. Le garçon souleva le couvercle et prit l’épais livre. Il le posa sur ces genoux, comme à son habitude puis réveilla l’illustration avec douceur.
 
_ Bonjour Ledd, lui dit il lorsque l’illustration eut ouvert les yeux.
_ Bonjour mon garçon, répondit ce dernier. Mais, c’est la nuit ! Est-ce que vous avez bien avancé ? Demanda t’il avec une pointe d’étonnement et d’inquiétude.
_ Chut, parle moins fort, lui ordonna le jeune homme, Alae dort juste à côté. Nous avons décidé de se relayer pour monter la garde cette nuit, lui expliqua t’il.
_ Excuse moi mon garçon, murmura le livre, confus.
_ Ce n’est rien.
_ Est-ce que nous sommes loin du village de Monger ici ? Redemanda Ledd.
_ Oui, ne t’inquiètes pas, le rasséréna Marc, nous avons bien chevauché aujourd’hui. D’ailleurs j’ai déjà tant de courbatures que je ne peux presque pas bouger !
_ C’est parce que tu n’as pas monté depuis longtemps, raisonna Ledd.
_ Oui, oui…
_ Et si je te donnais une petite leçon de magie ? Proposa l’illustration. Cela me parait presque idéal comme endroit non ?
_ C’est pour cela que je t’ai réveillé, allons-y ! Acquiesça le jeune homme.
 
_ Alors, pour commencer je crois que nous n’allons pas travailler la magie universelle aujourd’hui mon garçon, mais plutôt le maniement de ton épée.
_ Bonne idée, dit Marc en souriant. Je ne suis vraiment pas au point !
_ Il est clair que même moi je n’avais pas imaginé que l’épée, une fois sertie de Zalat, aurait tant de puissance. Mais il faut dire aussi que tu es le premier doué que j’ai la chance de connaître…
_ C’est vrai ? Tu ne t’attendais pas à ce que l’enchâssement de Zalat dans mon épée a fait ?
_ Et non mon garçon... Il est impossible de prévoir toute l’étendue de tes actes, même pour un livre-magicien de ma trempe…
_ Mais revenons à l’épée. Comment vais-je faire pour que arriver à maîtriser la magie de mon arme ?
_ Décris moi tout ce que tu as ressenti quand tu l’as dégainé mon garçon, lui chuchota Ledd.
_ Alors en fait tout est allé très vite, comme je te l’ai déjà dit, commença Marc.
 
Au début je ressentis comme une sorte de haut le cœur. Comme si une partie de moi-même s’était réveillée d’un seul coup, et avait brisée la porte intérieure qui la retenait. Une sorte de flux se déversait dans mes veines et me faisait tourner la tête.
Je crus ensuite que je brûlais du plus profond de moi-même.
Une douleur sourde et diffuse s’empara de mon corps et me fit souffrir jusqu’à ce que je sente comme une libération : et ce fut à ce moment là que des éclairs surgirent de l’épée.
Mais déjà je ne contrôlais plus rien de la situation. Mes yeux ne voyaient plus rien et je me sentais irrésistiblement porté et soulevé dans les airs. Je n’étais plus maître de moi-même.
De ce qui advint par la suite je ne me souvient de rien, sinon que je sentais l’énergie intérieure se répandre et s’échapper, soulageant ma douleur et me libérant presque. Je me sentais à chaque seconde plus léger. Mais soudain cette énergie fut bloquée par ce qui, je l’appris plus tard, était le sort d’antimagie d’Alae.
 
À ce moment le tourment fut extrêmement intense et je crois que je m’évanouis.
Je ne repris conscience qu’un bref instant, le moment d’apercevoir Alae, penchée contre moi et qui paraissait être sous le coup de l’émotion.
 
_ Je vois…
Et bien tout d’abord jeune homme sache que ce flux intérieur, cette force, qui t’a envahie, était la magie que tu possèdes en toi. Lorsque je te disais que la magie coule dans tes veines c’était vrai, et tu en as maintenant la preuve. Mon travail va consister à t’apprendre à empêcher la magie de prendre le dessus sur ton esprit et de s’emparer de ton corps. Il faudra que tu puisses la contrôler de telle sorte que tu puisses la retenir quand tu le voudras et au contraire la faire jaillir puissamment lorsque tu devras te battre, en un éclair dévastateur par exemple. Tu ne doit jamais être l’instrument de ta magie mon garçon, souviens t’en !
 
_ La maîtriser comme ça serait formidable ! Murmura avec emphase le garçon.
_ Et même là ta formation ne serait pas encore terminée…
_ Mais est-ce que j’ai une quantité limitée de magie ? J’ai eu l’impression qu’une partie du flux qui était en moi s’en allait lorsque je tenais mon épée.
_ Oui, une partie de la magie qui est en toi est libérée lorsque tu lances un sort. Mais ne t’inquiète pas, en tant que doué il te resteras presque toujours une quantité suffisante de magie. Et si ce n’étais pas le cas il te faudrait alors te reposer immédiatement. Mais tu le sentirais, tu serais complètement épuisé, presque vidé de toi-même. Tu es le Doué, la magie fait entièrement partie intégrante de toi-même, plus que les autres personnes.
_ C’est cela qui est arrivé à Alae après avoir tué les deux pisteurs n’est ce pas ?
_ Il est probable que ta compagne ait été bien fatiguée oui, répondit Ledd l’air pensif.
_ C’est sûrement ça, acquiesça Marc avec un hochement de tête.
_ Bon, commençons les choses sérieuses jeune homme. Pose moi sur le sol devant toi et lève toi.
_ Je vais essayer d’y arriver, dit le garçon en soupirant.
 
Cependant il y parvint, malgré quelques difficultés et demanda sans faire de bruit au livre ce qu’il devait faire ensuite.
 
_ Tu vas essayer de toucher la garde de ton épée, attention, seulement la garde ! Et ce sans la sortir de son fourreau. Si tu sens que tu ne vas pas arriver à détacher ta main où que tu as trop mal, lâche immédiatement la poignée. Il n’est pas dit que tu résistes au contact de l’épée du premier coup.
_ Très bien, dit le garçon en se mordant la lèvre inférieure.
 
Il posa précautionneusement sa main sur la poignée incrustée de son arme. Aussitôt les sensations qui l’avaient envahi la première fois le reprirent à la gorge. Le manche devint brûlant dans sa main, ravivant sa blessure encore récente, et un sifflement se fit entendre. Marc relâcha son emprise et détacha avec peine sa main de l’arme.
Elle le lançait de nouveau...
 
_ Je ne contrôle rien Ledd, dit le jeune homme en s’affolant. La magie continue de prendre le dessus ! Et ma main me brûle. Ma cicatrice correspond exactement aux rainures de la poignée !
_ Calme toi mon garçon, le rassura Ledd, réessaye plus posément. Tente d’empêcher le flux de magie que tu sens monter en toi de s’exprimer autant. Essaye de l’enfouir au plus profond de toi, de le renvoyer là où il est partit !
 
Le jeune homme prit une longue inspiration et essaya a nouveau.
 
Cette fois lorsqu’il sentit arriver le courant de magie il essaya de lutter. Il imprima mentalement à tous les muscles de son corps une immobilité totale. Il essaya aussi de respirer à nouveau, et plus posément.
 
Un puissant soubresaut secoua alors son corps et un long frisson parcouru sa colonne vertébrale. Sa main se colla à la garde de l’arme malgré lui et redevint ardente. Mais cette fois-ci il réussit à repousser un peu la magie. Il sentit en lui-même qu’elle reculait légèrement. Cependant cela lui demandait un effort psychique intense et il lâcha son arme lorsqu’il sentit qu’il ne pourrait plus contrôler quoi que se soit plus longtemps.
 
_ Alors ? Demanda Ledd d’un air inquiet. C’était mieux ?
_ Beaucoup mieux, répondit le garçon en reprenant haleine.
_ Tu as senti un effet ? Tu as réussi à entraver un peu ta magie ?
_ Oui. J’ai lâché l’épée au moment où je n’en pouvais plus. Mais jusqu’à cet instant je suis arrivé à l’empêcher de s’exprimer et de prendre le dessus sur le reste de mon corps.
_ Formidable ! S’exclama joyeusement Ledd. C’est magnifique, magnifique mon garçon tu entends ? Tu vas devenir un grand doué je le sens !
_ Mais je n’arrive pas encore à…
_ Ttt, l’interrompit le livre, c’est très bien !
Maintenant tu ferais mieux de te reposer. Nous continuerons à nous exercer plus tard et je sais que c’est très éprouvant pour toi…
_ C’est que je ne peux pas, soupira le garçon, je dois monter la garde.
 
Mais à cet instant précis la douce voix de l’Elfe se fit entendre :
 
_ C’est bon Marc, tu peux dormir, je veillerais le reste de la nuit.
_ Mais tu ne dormais pas ? S’écria Marc avec étonnement.
_ Le bruit que faisait l’épée lorsque tu la touchais m’a réveillée...
_ Excuse moi, dit le garçon, confus.
_ Ce n’est rien… de toute façon c’était bientôt à moi de prendre la garde, ajouta t’elle en se retournant.
 
 
Marc était à bout de forces. Il remit rapidement Ledd dans le coffret après lui avoir souhaité une bonne nuit et il s’allongea prestement. Immédiatement la fatigue le prit et ses paupières se fermèrent. Et il s’endormit profondément d’un sommeil sans rêves.
 
 
***
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Jeudi 13 avril 2006

Chapitre 4 : Sur la route.
 
  
 
 
 Ils continuèrent leur galopade sur quelques kilomètres puis, sentant que leurs chevaux commençaient à respirer bruyamment, ils ralentirent leur allure. Ils s’étaient éloignés de Monger et on ne voyait plus les panaches de fumée blanche des cheminées du village.
 
Marc et Alae étaient maintenant au beau milieu de la grande et épaisse forêt de Kaëlor. L’air était tiède et seul un petit vent froid venant de l’Océan au Sud permettait de rafraîchir l’atmosphère malgré l’apparition progressive de quelques gros nuages moutonneux à l’horizon.
La route marchande serpentait devant eux, large et claire. Elle traversait la moitié du royaume Humain et elle était bien entretenue, tant par les Hommes que par les Elfes.
Les grands arbres s’étendaient des deux côtés, couverts de feuilles vertes en ce début de printemps et les oiseaux pépiaient tranquillement. La lumière des deux soleils arrivait uniquement par raies et formait d’étranges arabesques sur le sable du chemin.
 
Cette partie de la route à l’intérieur des bois n’était utilisée que par les marchands qui se rendaient en terre Elfique. En effet il n’y avait plus de grandes villes après Kaela, la capitale du comté. Et il n’y avait donc plus de moyens pour des commerçants de vendre leur cargaison. Les jeunes gens ne risquaient donc pas de croiser beaucoup de voyageurs ou de charrettes en chemin.
 
La jeune Elfe admira les grands pins dont les cimes fendaient le ciel. La partie humaine du monde était plus boisée que celle Elfique et elle était toujours attirée par la beauté étrange et mystérieuse des arbres. Cela l’inspirait et la faisait songer.
 
Elle repensa à tout ce qui venait de se passer, au petit village de Monger. Son cœur en avait été profondément bouleversé. La seule chose dont elle était sûre maintenant était l’amitié du jeune homme. Leur relation dépassait vraiment tout ce qu’elle connaissait jusque là. Elle ne savait comment déchiffrer ce qu’elle ressentait pour lui. Elle ne savait dire en fait si c’était de l’amitié ou plus que ça… Mais elle n’avait personne pour l’aider à trancher et elle devrait le faire seule, comme toujours. Mais elle ne voulait pas le faire pour le moment. Elle voulait apprendre à le connaître mieux. Elle avait une chance incroyable, celle d’être amie avec un doué ! Cela ne faisait que trois jours qu’il marchait à son côté mais cela avait été trois jours extraordinaire dans sa vie. Et c’était une expérience entièrement nouvelle qui s’ouvrait à elle avec ce voyage à Talak.
 
Marc regarda la jeune femme pensive à côté de lui et songea aussi à leur discussion. Leur relation devenait enfin plus pure, libérée de tous les non dits. Pour le moment le garçon se satisfaisait de cette relation d’amitié. Elle lui permettait de connaître et d’apprendre à comprendre la belle Elfe. Mais jusqu’à présent il avait été séduit à chaque fois par ce qu’il apprenait sur elle. « Ce voyage pour la capitale scellera la question » Se dit-il, « je saurais si mes sentiments pour elle sont véritablement de l’amour, et non de la simple attirance pour sa beauté exotique. Je saurais et je serais en paix avec moi-même, avec ma vraie nature. »
 
En ralentissant le pas le garçon engagea la conversation avec son amie :
 
_ Et bien, je crois que nous n’aurions pas pu rester plus longtemps à Monger ! Dit-il ironiquement.
_ Oui, j’ai entendu les cris des villageois au moment ou nous partions, répondit la jeune Elfe en souriant.
_ En tout cas je suis content d’avoir dissipé toutes mes appréhensions à ton sujet Alae, ajouta plus gravement le garçon.
_ Moi aussi, je n’aurais jamais pensé que tu pouvais être le doué…
_ Tu sais, tu es la première personne à part Ledd qui est au courant, lui fit remarquer le garçon en la regardant dans les yeux.
Je préférais ne pas parler de cela aux gens. Cela ne sert à rien d’attirer l’attention sur moi tant que je ne maîtrise pas mieux la magie. Je préfère éviter d’avoir affaires aux Roths !
_ C’est une sage décision, acquiesça Alae. D’ailleurs nous ferions bien de continuer à nous hâter, car il vaut mieux s’éloigner de toute présence humaine maintenant.
_ D’accord, répondit Marc en talonnant d’un petit coup son étalon bai qui partit immédiatement au trot, rapidement rejoint par la jument noire d’Alae qui ne voulait pas rester derrière.
 
 
Marc et Alae continuèrent de chevaucher toute la journée, s’arrêtant juste un moment pour se restaurer dans une petite trouée de la forêt. Ils profitaient de ce temps de voyage pour bavarder et ils parlèrent de tout et de rien, se découvrant un peu plus l’un et l’autre.
 
Le garçon expliqua à la belle Elfe ses dernières leçons de magie tandis que celle-ci lui raconta ses longs entraînements et ses nombreux combats. Ils appréciaient tous deux de pouvoir parler à quelqu’un de cette façon aussi libre. Marc se dit qu’il pouvait dorénavant bannir le mot timidité de son vocabulaire.
 
 
Quand le soir arriva et lorsque la nuit commença à tomber ils se mirent à la recherche d’un endroit pour s’installer.
Cependant ils ne mirent pas longtemps à trouver une petite clairière, coincée entre de grands conifères, car elles foisonnaient dans la grande forêt.
 
Ils descendirent de leurs chevaux et les attachèrent à deux arbres proches en laissant une bonne longueur de corde pour qu’ils puissent paisser paisiblement dans l’herbe verte. Ils flattèrent assez longuement l’encolure de leurs bêtes car elles avaient fournit un important effort dans la journée et avaient beaucoup galopé.
 
Marc commençait à bien aimer son étalon. Il était beau et puissant tout en lui obéissant sans réticences.
Cela faisait une éternité que le jeune homme n’avait pas monté mais il avait de bons restes et arrivait à suivre la jeune Elfe qui de son côté était une excellente cavalière. Elle maîtrisait parfaitement sa jument noire, tout en ne faisant que de petits gestes qui ne blessaient jamais la bête. D’ailleurs l’animal semblait lui en savoir gré.
 
Ils détachèrent ensuite leurs selles ainsi que les nombreuses sangles de cuir et ils posèrent leurs affaires au centre de la clairière en formant un petit cercle.
Alae fit quelques allez retours pour amener de la viande séchée et des couvertures tandis que Marc rassemblait brindilles et branches mortes.
Lorsque une pyramide conséquente fut assemblée il y mit le feu d’un rapide sort.
 
_ Bon, tu sais tout de même faire un minimum, le taquina l’Elfe.
_ Quand même, répondit Marc en riant.
_Vraiment je ne m’habitue pas à cette mèche blanche sur le côté. Cela te donne un air si mystérieux !
_ Bah, ce n’est qu’une trace que je garderais de ma première véritable expérience avec la magie…
_ Je suis d’accord, mais ce qui est étonnant c’est que je n’ai jamais vu aucun sorcier avoir quelque chose de semblable. Cela doit sûrement être lié à ton don…
_ C’est ce que m’a dit Ledd. Mais de toutes façons c’est sans conséquences…
 
Ils s’assirent ensuite, adossés chacun à un sac de jute, et mangèrent rapidement leur dîner d’un appétit décuplé par le voyage. Marc se dit qu’il avait intérêt à aimer cette viande séchée et trop salée car elle risquait de constituer leur principale source de nourriture pendant longtemps…
 
Puis la nuit tomba et l’air se fit plus frais parmi les arbres. L’énorme lune entamait doucement sa course infinie dans le ciel sombre et les étoiles apparurent progressivement, les unes après les autres.
Les chevaux s’étaient allongés et les bruits de la forêt envahissaient l’espace. On entendait de petits craquements secs, le bruissement des feuilles ainsi que le sifflement léger du vent ou les hululements sourds d’une Ithall…
 
Les jeunes gens s’enveloppèrent dans leurs épaisses couvertures de laine tout en continuant leur conversation. Puis ils finirent par s’allonger complètement, pour regarder le firmament.
 
Les flammes orangées du feu montaient haut dans le ciel et faisaient crépiter le bois sec. De la fumée s’élevait en longues torsades et emplissait l’air de cette odeur boisée si caractéristique. Les yeux se perdaient dans l’obscurité et toutes les pensées semblaient s’envoler. La fatigue retombait brusquement tandis que les membres ankylosés se relâchaient et que les paupières se fermaient d’elles-mêmes.
 
 
_ Je propose que l’on alterne notre temps de sommeil, suggéra Alae les yeux fixés sur un astre scintillant. Pendant que tu dors je monte la garde et vice versa.
_ D’accord, dit en soupirant le garçon qui n’aspirait qu’à se reposer, ses jambes le faisant souffrir après cette longue chevauchée.
_ Qui prend la première partie de la nuit ? Demanda la belle Elfe.
_ Moi si tu veux, proposa malgré tout le jeune homme car il voulait aussi prendre le temps de parler à Ledd.
_ Très bien, merci, répondit doucement la jeune femme en fermant définitivement ses paupières.
 
 

 

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