Il se redressa sur son lit et sortit doucement ses mains de sous la couverture. Sur sa peau craquelée et brûlée était imprimé tout le relief du manche de son arme. Mais étonnamment cette blessure ne lui faisait pas mal.
Le jeune homme poussa un long soupir devant l’énorme trace noire qui balafrait ses mains. « Mes première cicatrice due à la magie. » Pensa t’il amèrement. « Et je risque de la garder toute ma vie ! »
Il chercha ensuite du regard son coffret et son épée, inquiet. Et il poussa un autre soupir mais de soulagement cette fois lorsqu’il les vit tous deux à ses pieds. Il se pencha et prit le coffret. Il l’ouvrit rapidement et en sortit Ledd. Celui-ci était réveillé.
_ Mon garçon, que s’est il passé ? Qu’est ce que c’est que ces cheveux blancs ?
_ Ces cheveux blancs ?
_ Oui, tu as une mèche qui est devenue entièrement incolore, là sur le côté droit. N’aurais-tu pas utilisé un peu trop de magie ?
Le jeune homme tira devant lui une poignée de cheveux. En effet il avait bien une mèche qui était devenue blanche…
_ Et bien Ledd…
Et Marc raconta à son vieil ami l’aventure de la veille, ainsi que ce qui était arrivé lorsqu’il avait sortit son épée. L’illustration acquiesçait à chaque fois, comme si tout ce qui c’était passé était prévisible. Il paraissait cependant effrayé des catastrophes qu’avait entraîné la sortie de son épée par Marc. Mais cela confirmait pour lui ses inquiétudes quand au maniement d’une arme de doué par un doué. Cette expérience aurait dû être tentée de toutes façons.
Mais alors que le jeune homme finissait son histoire Alae entra dans la pièce. Elle venait de se laver après l’aventure de la veille et elle était déjà prête à repartir. Quand elle vit Marc parlant à un énorme livre relié elle sursauta d’étonnement. Le garçon se tourna vers elle, embarrassé.
_ Mais… qu’est ce que c’est que ce… commença Alae.
_ Et bien, Alae, je te présente Ledd. Ledd, voici Alae, mon amie Elfe, dit le jeune homme qui prit le livre à deux mains et le présenta à la jeune femme. Je crois que nous devions avoir une explication depuis longtemps car il n’est pas bon de se cacher des choses pareilles entre amis.
_ Bien le bonjour mademoiselle, répondit Ledd. Mais aurais je l’honneur d’être présenté à une…
_ Oui, oui, le coupa t’elle. Mais c’est la première fois de ma vie que je parle à un livre ! Or je ne connais qu’un cas possible… Seriez vous, seriez vous le livre du savoir ? Et ce coffre que je vois là le coffret de Zalatum le sorcier ? Dit-elle en bafouillant légèrement sous l’effet de la surprise.
_ Précisément, précisément… répondit la vieille illustration avec un petit sourire en coin. Et je m’appelle Ledd.
_ Je n’arrive pas à le croire ! S’exclama la jeune femme interloquée.
Mais alors, mais alors Marc… Tout s’explique… Non, ce n’est pas possible ! Mais sinon il n’aurait pas réussi à ouvrir le coffret ! Pensa t’elle tout haut alors qu’elle commençait à comprendre.
Marc, Marc tu es le doué ? Demanda t’elle d’un air hébété.
_ Et oui Alae...Répondit le garçon en souriant doucement. Je ne voulais pas que tu le saches initialement mais j’ai appris que j’étais le doué il y a quelques semaines, en découvrant ce coffret et Ledd. Mais de toute façon je contais t’en parler et je crois que le moment est parfais. De toute façon j’ai plus confiance en toi qu’en quiconque, et je ne pense pas que cela ait une grande importance que tu sois au courant.
_ Alors, permet moi de me prosterner à tes pieds comme il se doit, lui dit-elle d’une voix chargée d’émotion.
Le garçon était consterné par sa réaction.
_ Mais, mais... Relève toi Alae, s’empressa t’il de dire à son amie, je ne veux pas que tu te prosternes devant moi !!! Après tout nous sommes amis ? Et je suis sûr que tu es aussi une personne très importante parmi les Elfes. Pourtant tu ne m’as jamais demandé quoique ce soit du genre. Considère moi toujours comme ton ami je t’en prie, et pas comme le doué, la supplia t’il.
_ Personne n’est plus important que le doué… dit elle en se relevant lentement.
La jeune femme était stupéfaite de ce qu’elle venait d’apprendre, et effondrée intérieurement par ce que cela impliquait. « C’est le doué, le doué ! Je suis devant un doué ! » Se répétait elle.
_ Et oui, Marc est le doué, intervint Ledd d’une voix grave, mais peut être est-il aussi temps pour vous, jeune Altaï de révéler à Marc qui vous êtes véritablement.
Les deux jeunes gens se regardèrent un long moment dans les yeux. La jeune femme acquiesça du regard et enfin se décida à parler.
Elle commença ainsi, devant le jeune homme inquiet :
_ Marc, il faut que tu saches que je ne suis pas une Elfe comme les autres.
Je suis une Altaï, ce qui se traduirait dans ta langue comme une garde du corps, où quelque chose comme ça. En fait je suis une des guerrières personnelles de la reine des Elfes, Eléae.
Les Altaï sont des filles choisies parmi les Elfes dès leur plus jeune âge à cause de prédispositions naturelles. En effet nous possédons de grandes capacités magiques au niveau du pouvoir personnel. Ce qui est absolument nécessaire pour notre fonction si particulière.
Nous sommes ensuite entraînées pendant de nombreuses années à l’art de la guerre, formées à tous types d’armes et aux dures lois de la guerre. Et nous apprenons aussi à travailler ce pouvoir. Mais ceci dans une direction particulière : nous en faisons l’arme de mort la plus terrible qu’il soit.
En fait à partir d’un certain moment notre pouvoir personnel devient si développé qu’il nous permet de réduire en cendres une personne ou n’importe quel autre être vivant simplement en le touchant. Cependant l’utiliser est épuisant intérieurement et seules les plus grandes Altaï peuvent tuer de nombreuses personnes à la suite.
Heureusement nous pouvons quand même maîtriser suffisamment cette arme pour ne l’utiliser que lorsque nous le voulons. C’est pourquoi je peux te toucher sans rien te faire. Je maîtrise un minimum la magie qui est en moi.
Nous avons un statut très particulier dans la société. Tout le monde doit nous obéir sans jamais discuter et nous donner tout ce que nous désirons. Mais cela rend aussi les Altaï détestées injustement par toute la population. Nous sommes méprisées, haïes, redoutées… Et je peux te dire que le fait que tu ne saches pas qui j’étais vraiment m’a permis de créer avec toi quelque chose que je n’aurais jamais pu faire avec quiconque d’autre. C’est la première fois que j’ai un véritable ami qui ne soit pas l’une de mes sœurs d’armes.
Mais mes relations avec un garçon ne pourront jamais dépasser de l’amitié, car dans l’amour aucune Altaï ne peut contrôler son pouvoir. En disant cela la jeune femme sentit son cœur prêt à exploser. Et cela entraîne inévitablement la mort du conjoint ou partenaire. C’est l’un des nombreux inconvénients que possède notre pouvoir… Je suis même incapable d’embrasser quelqu’un ! Ajouta t’elle, une vague de tristesse embuant ses yeux pénétrants rivés dans ceux de Marc.
Mais le garçon lui sourit doucement, d’un air autant compréhensif qu’admiratif. Il comprenait maintenant comment avait dû être la vie de la Belle Elfe et était profondément impressionné. Jamais il n’avait trouvé autant de courage chez une personne, sur tous les plans.
Et Alae sentit qu’il ne la rejetait pas, bien au contraire, il paraissait l’admirer d’autant plus. A l’évocation de son incapacité d’embrasser ou de faire l’amour il n’avait pas eu l’air déçu, dégoûté ou quoi que ce soit d’autre. Il savait bien pourtant ce que cela signifiait, pas d’enfants, et tant d’autres choses... Alae croyait rêver. Marc semblait l’accepter comme elle était, sans discuter.
Mais en même temps il était le doué, et cela signifiait qu’il allait devoir se battre toute sa vie dorénavant. Elle ne voulait pas qu’il devienne comme elle, une machine à tuer sans sentiments et manipulée, elle tenait trop à lui !
Elle frissonna. Terrible tristesse et profonde joie se mélangeaient en même temps dans son coeur. Elle ne savait plus si elle devait rire ou pleurer. Tout étais si confus…
Mais elle continua d’expliquer au garçon,
_ Enfin, la reine m’a chargée de transmettre un message urgent au roi des humains. Il est très important et c’est pourquoi elle m’a désignée moi plutôt qu’un banal messager. J’avais une escorte d’une vingtaine de robustes soldats, avant que des Roths armés ne la massacrent dans une embuscade au milieu des montagnes. Il est contenu, comme tous les messages Royaux dans un petit réceptacle de métal, l’Oxal. Voilà à quoi cela ressemble, dit-elle en sortant de sa poitrine ce dernier, suspendu à la petite chaîne dorée qu’elle portait toujours attachée à son cou.
Le jeune homme l’examina un instant, étonné par la splendeur de l’objet, malgré sa simplicité. Quand il eut fini Alae le remit entre ses seins, avec une précaution visible.
Puis elle reprit son explication,
_ Les pisteurs voulaient ma mort et ils étaient probablement envoyés par le même Noir que celui qui dirigeait les humains corrompus. Ils ne veulent pas que j’arrive à transmettre cette missive.
_ Mais, tu t’en serais sortie quand même sans mon aide ? Demanda le jeune homme. Puisque tu peux réduire en cendres ce que tu veux…
_ Non. Comme tu l’as remarqué les pisteurs étaient trois. Or ce n’était pas un hasard. Aucune Altaï n’est capable de tuer trois créatures de ce gabarit en même temps. Déjà pour moi en abattre deux était très difficile. C’est pour cela que j’étais si fatiguée après le combat. Seule notre chef, la Première (c’est un titre honorifique) l’aurait pu car ses pouvoirs sont particulièrement développés et puissants. Mais les pisteurs attaquent en même temps et en général ils arrivent à leurs fins…
Si tu n’avais pas été là donc, je n’aurais rien pu faire.
En disant ces mots les yeux d’Alae devinrent brillants de reconnaissance.
_ Je savais bien que tu étais quelqu’un d’important, dit le jeune homme avec un doux sourire, ses joues prenant une teinte rosée.
C’était le plus beau moment de sa vie. Il comprenait enfin le comportement de la jeune femme. Il se rendait compte aussi de la dureté de sa vie sur le plan relationnel et de la somme de courage qu’elle avait dû avoir.
« Elle est comme moi en fait ! C’est la première fois de sa vie qu’elle a un véritable ami du sexe opposé ! Jamais je n’aurais osé penser que cela pouvait être possible à notre âge. Même si cela ne change rien en réalité j’ai vraiment l’impression que tout est possible entre nous… Par contre son pouvoir est véritablement terrible… Ces conséquences sont proprement horribles ! Cela doit détruire la vie d’une personne un tel pouvoir. Mais vraiment cette conversation était nécessaire. »
_ Oh beaucoup moins que toi, lui expliqua Alae, le tirant de ses pensées, tous doivent te porter la plus grande obéissance puisque tu as le don, et aussi le plus grand respect car de ton sort découle celui de tout les autres.
Les Elfes et les Humains serons donc tous à ton service s’ils voient que tu es le doué. Mais ce statut te donne aussi de très grosses responsabilités, que beaucoup sont très contents de ne pas avoir à porter, ajouta elle lentement.
_ Oui mon garçon, reprit Ledd. Je ne t’ai pas encore parlé de toutes les responsabilités qu’implique le fait d’avoir le don.
_ Vas y donc, mieux vaut tard que jamais, répondit le garçon légèrement agacé d’être toujours le dernier à apprendre les choses qui le concernaient.
_ Et bien, en fait, comme tu le sais, tu dois être formé à la magie, et apprendre toutes les connaissances que possèdent les magiciens afin de devenir le plus puissant d’entre eux. Ca c’est mon travail dans l’histoire…
Mais ensuite, lorsque tu seras formé, tu devras combattre les forces du mal de tous tes moyens. Et nous comptons particulièrement sur toi Marc, car comme tu l’as entendu nous sommes à la veille d’une seconde grande guerre entre Sorciers et Magiciens, entre le côté vivant et celui morbide de la magie. Lorsque tu seras prêt, et tu ne l’es pas du tout pour le moment, tu devras aller à Talak, te présenter devant le roi et sa cour.
_ Mais nous sommes déjà sur la route de Talak ?
_ Oui et c’est pour cela que ton départ m’a parut un peu précipité, car j’ai a peine commencé ton apprentissage mon garçon. Je n’ai même pas eu le temps de t’expliquer clairement tout ce qui t’attends. Mais ne t’inquiète pas je le ferais avant que nous soyons arrivés à Monger. La route jusqu’à Talak est encore très longue et d’ici là je t’aurais appris d’autres sorts. De toute façon les plus longs à apprendre sont les premiers sorts car on n’a pas l’habitude. Mais ensuite ça va beaucoup plus vite.
_ Nous pourrons donc continuer notre route ensemble ! Dit avec une note joyeuse Alae. Je ne voulais pas perdre mon guide moi !
Et Marc fit un grand sourire à la belle Altaï dont il était finalement en train de tomber complètement amoureux.
_ Mais pour en finir avec la difficulté d’être doué, continua Ledd, elle réside aussi dans le fait que le doué doit aussi réussir à réconcilier Elfes et Humains. Car il est clair que malgré leurs différences culturelles si nous ne sommes pas unis nous perdrons. Et les serviteurs des Noirs ne cherchent qu’à détruire cette alliance entre nos deux peuples qui remonte pourtant à des siècles.
Et il faut quand même te dire mon garçon que le métier de doué n’est pas de tout repos car jusqu’à ce jour aucun doué n’est mort de mort naturelle, mais plutôt dans une action héroïque et désespérée.
_ Et bien j’espère que je serais le premier à échapper à cette sinistre règle ! Répondit ironiquement le jeune homme.
_ Il faut aussi une bonne dose de courage pour être doué car c’est se vouer à une vie entière de combats, cependant on ne choisi pas son don... Nul mortel ne peut s’opposer à son Destin, fut-il funeste. Mais tous espèrent en celui qui l’a et des peuples entiers se prennent alors à espérer que les Noirs puissent un jour être vaincus devant la personne imposante d’un doué.
Il faut aussi tenir compte de la prophétie d’Yzarro, car elle n’a pas été faite à la légère, mais je t’en ai déjà parlé.
Le signe du dernier doué, celui qui rétablira à jamais la paix dans le monde, et la domination de la lumière sur les ténèbres sera quelque chose qui permet de voler…
_ Je ne suis donc pas le dernier, dit Marc ironiquement, car je ne sais pas voler…
_ J’ai bien peur que non, dit tristement Ledd en prenant la remarque au premier degré, ce qui signifie que la guerre va encore durer…
_ Ce qui m’inquiète, intervint Alae, c’est qu’après ta prestation d’hier Marc les gens savent que tu n’es pas n’importe qui. Et cela risque de faciliter le travail à nos ennemis pour nous retrouver. Je pense qu’il ne faut plus tarder à repartir maintenant. En plus les villageois sont contrariés par les dégâts de l’incendie et ils ne nous portent pas dans leur cœur !
Mais à peine avait elle prononcé ces mots que justement Georges surgissait en trombe dans la pièce. Marc cacha discrètement Ledd sous sa couverture.
_ Il faut que vous partiez, et tout de suite ! S’écria t’il à bout de souffle. De nombreux paysans viennent vous cherchez pour vous faire payer les dégâts de la veille et croyez moi ils n’ont pas que de bonnes intentions ! Ils seront là d’une minute à l’autre. J’ai fait seller vos chevaux par mon fils en bas dans la cour.
Je vais vous faire partir par derrière et je dirais que vous vous en êtes allés tôt ce matin vers l’intérieur de la forêt. Mais je vous en prie dépêchez-vous !
_ Très bien. Merci de tout cœur Georges, le remercia Marc en le regardant dans les yeux, tu es vraiment un ami. Laisse nous seulement quelques secondes et nous arrivons.
_ D’accord, mais dépêchez, dit-il inquiet.
Les jeunes gens s’empressèrent de rassembler toutes leurs affaires. Marc remit rapidement Ledd dans le coffret de bois sculpté et passa son épée à sa ceinture, même si il avait dorénavant peur de la toucher.
Alae récupéra les derniers vêtements qui restaient et Georges vint les aider à porter les sacs de jute qui contenaient leurs provisions.
Ils descendirent quatre à quatre les escaliers et, passant par une porte détournée masquée derrière une grande tapisserie rouge, ils se rendirent dans la petite cour derrière l’auberge.
Le fils du tavernier les attendait là, les rênes des chevaux dans chaque main. Ils fixèrent rapidement les sacs à l’aide de sangles de cuir à l’arrière des bêtes ainsi que deux grosses gourdes en peau de bête et ils montèrent en selle.
Les jeunes gens remercièrent ensuite chaleureusement Georges et son jeune fils pour tout ce qu’ils avaient fait pour eux.
Puis Marc paya ce qu’il devait pour la nuit avec les dernières pièces qu’il lui restait. L’aubergiste refusa de recevoir plus d’Alae en disant que l’amie de son ami était son amie. Et enfin, lorsqu’ils entendirent les cris des villageois furieux se rapprocher dangereusement, Marc et Alae partirent au galop sur la longue route marchande en direction de Talak.
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