Lorsqu’il rentra dans la cabane, ouvrant doucement la porte pour ne pas réveiller l’Elfe si elle dormait encore il vit que c’était déjà fait. Alae se leva pour aller à sa rencontre.
Et ils se mirent à bavarder ainsi sans se soucier du chaos de la pièce, sans que Marc ne rougisse.
_ Et bien Marc, je ne peux que te dire un mot : Merci ! S’exclama la jeune femme avec un sourire de gratitude, laissant apparaître ses dents parfaitement blanches. Jamais je ne m’en serais sortie sans toi, ajouta t’elle, un peu gênée quand même.
_ C’est vrai qu’on l’a échappé belle ! S’écria le garçon. Personne n’a été piqué mais il s’en est fallu de peu !
Il fut profondément heureux de voir que la froideur initiale de la veille était un peu tombée et qu’il arrivait à parler. Pour la première fois de sa vie il arrivait à parler ! Un frisson de joie lui parcouru l’échine. C’était le plus beau jour de sa vie…
_ Oui, mais sans ton aide je ne serais plus ici. Ajouta l’Elfe sombrement. Car seule contre trois Pisteurs sur le sentier je n’avais aucune chance, insista t’elle gravement.
Et en plus tu as risqué ta vie pour moi, sans même savoir qui je suis ! « Et tu ne le sais toujours pas ! » Pensa t’elle cyniquement.
_ Bah, tu n’as qu’à considérer que je l’ai fait pour tes yeux superbes ! Lui répondit Marc avec un sourire charmeur.
Alae sourit et lui répliqua :
_ Ah oui ? Et tu les as vu du haut de ta colline mes yeux ?
_ Heu…
_ Je sais bien qu’il n’y a pas que ça en toi. Conclut t’elle avec un petit sourire en coin.
Il y eut un petit temps de silence. « Elle n’est pas très bavarde », remarqua le garçon. Après une rapide réflexion il lui demanda :
_ Finalement, comment t’en es tu tirée après que les monstres m’aient assommé ?
_ Et bien, c'est-à-dire que…
Alae ne savait pas quoi dire car elle ne voulait pas tout révéler à ce jeune humain. Or il venait de poser une question cruciale…
« Il vaut mieux être prudente. » Se dit-elle pragmatiquement. « Il m’a sauvé la vie et ignore tout de mon statut. Il est donc préférable qu’il reste dans l’ignorance, pour lui comme pour moi…
Mais je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il ignore que je suis une Altaï. C’est la seule chose qui me gêne. Ni ma tresse ni ma robe n’ont paru évoquer quelque effroi chez lui. » Remarqua t’elle. « Ce jeune humain est vraiment bien naïf. »
Marc de son côté vit la jeune femme se renfermer brusquement, comme si elle était soudainement gênée. C’est pourquoi il décida de changer de sujet. « Autant qu’elle ne soit pas gênée pendant les premiers mots que nous échangeons elle aussi. Et avant qu’elle ne poursuive il lui demanda :
_ Mais, veux-tu manger quelque chose ? On ne va pas rester comme ça l’un en face de l’autre et debout toute la journée !
_ Oh, je suis affamée ! Ca va faire bientôt deux jours que je n’ai rien mangée vu que je ne pouvais pas m’arrêter et…
_ Deux jours ! Non ? L’interrompit Marc, stupéfait. Et bien assis toi vite que je te prépare quelque chose ! Dit-il en lui présentant une chaise.
Et le garçon se dépêcha de lui préparer un copieux petit déjeuner. Quand ils furent enfin attablés l’un en face de l’autre elle lui demanda :
_ Mais je ne t’ai pas demandé comment allait ta tête ?
_ Mieux, je n’ai presque plus mal, répondit-il. Je pense que d’ici quelques jours tout aura disparu. N’empêche, quel coup ! Je ne m’en suis pas relevé ! S’exclama le jeune homme.
_ Tu as eu de la fièvre durant une bonne partie de la nuit. D’ailleurs tu as dormi d’un sommeil agité. De temps en temps tu délirais et…
_ Tu m’as veillé toute la nuit ? La coupa Marc étonné de tant de gentillesse.
_ Une partie seulement, j’ai fini par m’endormir au bout d’un moment…
En fait la jeune Elfe l’avait plutôt fait pour éviter que le garçon ne la poignarde dans son sommeil. Car au début elle avait cru que le jeune humain n’avait fait que la conduire à sa cabane pour lui tendre un traquenard. Et pendant de longues minutes elle s’était reprochée de l’avoir écouté plutôt que de continuer sa route.
Mais après plus ample réflexion, et en repensant au fait que le jeune homme avait essayé de la défendre contre les Pisteurs, elle s’était finalement dit qu’il ne pouvait pas vraiment vouloir sa mort. « D’ailleurs il en a tué un et blessé un autre » S’était t’elle dit. Elle s’était alors reprochée son manque de confiance excessif qui était presque ridicule. Mais elle avait tellement du se battre qu’elle avait maintenant beaucoup de mal à croire les gens sincères. Elle s’était donc finalement octroyée quelques heures de repos.
_ Mais non tu n’as pas à être désolée, c’est à moi de te remercier d’avoir pris autant soin de moi !
Mais, pourquoi étais tu poursuivie par des pisteurs ?
_ Et bien, c'est-à-dire que je ne suis pas de ce pays, comme tu as du le remarquer. Je suis une Elfe.
_ C’est bien ce que je pensais, mais pourquoi traverses-tu les montagnes et la forêt de la frontière sans escorte ou compagnons ? C’est extrêmement dangereux !
_ Et bien, en fait j’avais une escorte mais elle a été tuée dans une embuscade dit t'elle tristement, et je ne sais pas si aucun de ceux qui m’accompagnaient ont survécu à l’attaque de ces serviteurs du mal car j’ai été contrainte de fuir.
En prononçant ces mots Alae serra les dents et la rage remplaça bientôt la tristesse dans son cœur alors qu’elle revoyait les traits de tous ceux qui étaient morts pour elle, pour qu’elle mène à bien sa mission. « Rien au monde ne doit plus m’arrêter maintenant » se redit-elle en elle-même une fois de plus. Sa détermination devait être sans faille en l’honneur des défuntset de ceux qui avaient placés leur confiance en elle.
_ As-tu perdu des personnes qui t’étaient chères ? Lui demanda Marc, comprenant sa peine car il l’avait déjà vécue.
_ Oui, répondit-elle dans un souffle. J’ai perdu une sœur et de nombreuses personnes qui m’étaient précieuses.
_ Je suis désolé, murmura le garçon, compatissant.
_ Ce n’est pas grave, répondit-elle, ne voulant pas laisser trop paraître son émotion véritable et prenant un visage posé. La jeune Elfe détestait laisser s’échapper ses émotions qu’elle considérait comme des signes de faiblesse.
Cependant Marc remarqua quelques petites larmes scintillantes au fond de ses prunelles.
Alae soupira de nouveau et se pencha en arrière, sur le dossier de sa chaise, le regard perdu dans le vague. Marc ne dit rien et il se mordit la lèvre en s’en voulant de lui avoir ainsi rappelé des souvenirs tristes. « Tu aurais pu faire attention, c’est malin ! » Pensa t’il.
Mais il admira en lui-même la force intérieure de cette jeune femme. Malgré ce sort qui l’accablait elle continuait sa mission dont il ignorait tout sans jamais faillir, et avec un courage à toute épreuve. « Sa force d’esprit se reflète d’ailleurs sur son visage » se fit-il remarquer. Après ce moment de silence la belle Elfe fit retoucher le sol aux pieds de sa chaise et, après avoir soupiré doucement finit par prendre une tartine dans laquelle elle mordit à pleines dents. Cela fit sourire Marc et brisa ce froid qui s’était installé et qui l’oppressait.
_ Je ne devrais rien te dire de tout ça, lâcha t’elle tout d’un coup, l’air embarrassée. Car…
_ Pourquoi ? Nous sommes amis, non ? S’étonna le jeune homme.
_ Amis ? Et bien oui… nous sommes amis, répéta la jeune Elfe qui paru cependant être indécise.
Cela troubla un peu Marc mais il n’insista pas. Cependant l’idée qu’elle ne le considère pas encore comme un ami après ce qu’il avait fait pour elle lui fit mal au cœur. Il ne laissa rien paraître et il lui demanda si elle aimait cette nourriture humaine.
_ Oh, oui ! J’adore le pain que font les humains, s’exclama Alae contente elle aussi de ne pas avoir à en dire plus à Marc et de parler de quelque chose de plus joyeux. Cependant le jeune homme l’avait étonnée en lui disant qu’il était son ami. C’était pensa t’elle la première fois que cela lui arrivait. Jamais un homme ne lui avait dit de chose pareille car elle n’avait jamais eu de véritable relation avec des hommes autres que lors de combats...
_ J’en suis heureux. Répondit Marc en souriant. Moi je ne sais pas de quoi se compose la cuisine Elfe.
Elle lui expliqua alors de quoi était constitué le quotidien Elfique, tout en veillant à ne pas dévoiler trop son véritable statut au sein de la société.
_ Mais d’où viens tu précisément ? Demanda le garçon.
_ D’Elaetol, répondit elle en souriant gentiment. Je ne suis pas sure que tu saches où c’est. C’est la capitale Elfique.
_ Si, si ne t’inquiètes pas je sais quand même situer la capitale de ton peuple, je connais quelques rudiments de géographie… Mais c’est à l’autre bout du continent ? S’étonna le jeune homme en pensant que lui-même n’avait jamais voyagé autant dans sa vie et qu’il ne le ferait probablement jamais.
_ Oh oui, ce n’est pas tout près d’ici.
_ Quand vas-tu repartir ? Demanda le jeune homme inquiet à cette idée, demain ?
_ J’ai une mission à accomplir et un message urgent à transmettre. Je pense que je ne pourrais pas m’attarder ici. Les envoyés du Noir me retrouverait facilement dans cette clairière et en plus je ne veux pas mettre une seconde fois ta vie en danger, dit elle en fronçant les sourcils.
_ Quoi ? S’écria le jeune homme. Mais avec les pisteurs c’est entièrement de mon plein gré que j’ai mis ma vie en péril, tu n’y étais absolument pour rien, et tu ne dois pas te reprocher quoi que ce soit !
_ Je sais… Mas il n’empêche que tu ne dois plus me suivre, je dois rester seule. Quoi qu’il m’en coûte, répondit la belle Elfe, le visage durcissant légèrement sous la détermination.
_ Mais ce n’est pas possible ! S’écria Marc, interloqué. Jouant le tout pour le tout il continua :
_ Tu sais bien que tu n’as aucune chance de survivre seule. Si je n’avais pas été là les pisteurs t’auraient capturée, tu l’as dit toi-même !
Le garçon ne comprenait plus l’inflexible résolution de la belle Elfe. Il savait que c’était maintenant que tout se jouait si il voulait créer quelque chose entre eux et il ne comptait pas laisser partir aussi facilement ce qu’il considérait comme la chance de sa vie…
De plus à l’évocation de son possible sort entre les griffes des pisteurs il avait senti Alae se tendre. Elle craignait quand même ces créatures.
Mais les yeux de la jeune femme avaient repris cet air froid et terne. Il comprit qu’il devait dire quelque chose dans la seconde s’il ne voulait pas que la décision ne devienne définitive. Il commençait à connaître la belle Elfe et savait que lorsque son regard devenait dur cela ne présageait rien de bon.
_ Qu’importe, dit le garçon, où dois-tu te rendre pour porter ton message ?
_ A Talak, la capitale humaine, dit-elle tristement.
_ Et… As-tu un guide ou quelqu’un pour t’y conduire ? Demanda le garçon, tentant sa chance et heureux de voir que la jeune femme semblait désolée de le quitter.
_ Et bien non, le précédant s’est fait tuer sous mes yeux… Mais je ne vois pas où tu veux en venir ? Répondit-elle.
_ Hum… et bien alors dans ce cas je t’accompagnerais à Talak, je te servirais de guide. Car je doute que tu puisses trouver une autre personne que moi pour t’y mener. Dans le coin, ils ne connaissent la ville que de nom. Il faut dire aussi que l’Empire est tellement grand… Je connais à peu près la route car avant la mort de mes parents j’y ai habité. D’ailleurs j’y ai de la famille, un cousin éloigné je crois…
La jeune Elfe réfléchit rapidement. « Récapitulons » se dit t’elle, « premièrement il m’a sauvé la vie, et ce sans aucune raisons particulières autre que de ne pas laisser une personne sans défense. Je peux donc lui faire confiance bien plus qu’à un autre guide. Deuxièmement il ne semble pas avoir remarqué que je suis une Altaï, ce qui peut-être intéressant. Enfin il dit que je suis son amie, et est aussi gentil qu’attentionné. Pourquoi ne pas l’emmener avec moi ? De plus il est courageux et il ne craint pas de se battre car il aurait très bien pu m’abandonner pendant le combat avec les pisteurs. Allez, il me sera utile.
_ Bon, finit t’elle par dire au garçon impatient et inquiet, c’est d’accord, tu iras avec moi jusqu’à Talak et tu me serviras de guide. Mais je suis vraiment mécontente de te voir encore risquer ta vie à m’accompagner conclut-elle en riant.
Le garçon crut que son cœur allait éclater de bonheur. Il avait réussit à convaincre la belle Elfe de le laisser faire la route avec elle. Il allait pouvoir découvrir un peu plus de son caractère et de sa vérité. Plusieurs mois avec une fille superbe à son côté, que rêver de plus ? Et en plus il allait pouvoir retourner un peu à Talak, ce qui finalement ne lui allait pas si mal…
_ Si tu me suis alors il va falloir se dépêcher sur la route, continua Alae. Comme tu le sais maintenant, nous sommes poursuivis par des envoyés d’un des quatre Noirs, Lasash. On devra vraiment partir au plus tard demain, dit-elle avec gravité.
_ Peux tu me décrire comment étaient ceux qui t’ont attaqué toi et ton escorte ? Lui demanda le jeune homme, désireux de savoir un peu plus sur qui leur en voulait.
_ Et bien, hum… Ils étaient entièrement vêtus de noir… et… ils portaient des masques de couleur rouge sang, essaya de se souvenir la jeune femme.
_ Pas de doutes, c’était des Roths, déclara le garçon.
_ Des Roths ?
_ Ce sont les membres d’une confrérie, d’une secte qui prône la haine et qui vénère les Noirs, lui expliqua Marc.
Une expression de dégoût profond passa sur le visage de la belle Elfe. Visiblement elle était aussi révoltée que Marc à l’idée que des humains puissent faire une telle chose.
_ Je ne pense pas qu’ils vont s’arrêter là, vu que c’est sûrement toi qu’ils voulaient, déduisit Marc.
_ Oui, je pense, dit l’Elfe, un air de guerrière se peignant sur son visage.
_ Il faudra être prudent, continua le garçon. Ces Roths sont très puissants et ces dernières années leur pouvoir n’a pas cessé de croître. Et ils ont de nombreux alliés, ajouta t’il.
_ Bien, alors nous essayeront de ne pas les recroiser… dit durement Alae.
Ils finirent ensuite de petit déjeuner en décrivant chacun leur pays. Marc parla à Alae de son épaisse forêt, de ses sous bois enchantés et des petites clairières à l’herbe verte et des fleurs printanières. Quand à Alae elle décrivit Elaetol, avec ses tours d’argent perçant le ciel. Elle lui conta aussi ces balades dans l’immense cité le soir couchant, avec les multiples reflets de la lumière sur les bâtiments et ces instants dans les espaces de verdure de la ville au petit matin.
Derniers Commentaires