« Cling ! »
La pelle avait émit un son métallique. Etonné, Marc s’arrêta de bêcher. Il essuya son front ruisselant d’un revers de la manche et pesta ; « Pff, encore un vieux bout de métal datant de la grande guerre ! »
Il se dépêcha cependant de creuser afin de déterrer l’objet.
Au fur et à mesure qu’il le dégageait il vit apparaître l’extrémité d’un petit coffre. Intéressé, il finit de le sortir de terre et le regarda plus attentivement.
Il était construit dans un bois dur et noueux, de couleur sombre, pareille à celle des immenses arbres des profondeurs de la forêt de Kaëlor. Des ornements s’étendaient sur toute la bordure du coffre, telle une ferronnerie raffinée et antique, et la serrure de l’objet était finement ciselée. Tout cela était sculpté dans un métal argenté très pâle, à la limite du blanc sous la lumière écrasante des deux soleils.
Marc n’en crut pas ses yeux. « Fantastique ! » Pensa t’il en se relevant. Et il courut sur le chemin, rentrant en trombe dans sa cabane au toit de chaume.
Une impatience enfantine le pressait irrésistiblement de regarder le contenu de sa découverte.
Après sa course effrénée il reprit son souffle et posa le coffret sur sa table. Puis il s’assit en face.
Il contempla alors plus longtemps l’œuvre d’art qui reposait devant ses yeux ébahis par tant de travail et de beauté. Dans la pénombre de la pièce aux volets rabattus le métal argenté luisait doucement de reflets bleutés, presque tranchants. Le coffre ne semblait pas avoir subit les dommages du temps, malgré un séjour sous terre que le jeune homme devinait long. Seule la terre noire de la forêt ternissait sa splendeur. Le garçon alla donc chercher une brosse et un seau d’eau pour le nettoyer. Il frotta et astiqua de toutes ses forces les incrustations et lava le bois sec et verni. Après un long moment le coffret apparu enfin dans toute sa magnificence. Marc recula alors de sa chaise pour mieux le contempler.
Les incrustations que Marc avait prit en premier lieu pour des motifs végétaux étaient en réalité une série de petits personnages. Ils semblaient tous marcher dans des directions qui convergeaient vers la serrure. Celle-ci était à elle seule une œuvre de maître qui égalait les splendeurs qu’avaient put voir le jeune homme, alors enfant, à la cour du Grand Roi, il y a de cela des années.
Elle était sculptée comme une grande porte dont le battant était son orifice. Le fronton était découpé avec tant de détail pour une si petite chose qu’il semblait être de dentelle. On aurait dit qu’une simple pichenette pouvait tout briser. Mais il n’en était rien. Le froid acier argenté était plus dur que la lame d’une épée.
Le garçon hésita un instant à abîmer ce remarquable objet mais il se leva finalement, pour aller prendre un ciseau à équarrir dans la remise adossée à sa cabane.
Marc avait vingt ans et il vivait seul depuis environ quatre ans, date à laquelle étaient morts ses parents. Il avait alors quitté Talak, la capitale Humaine, pour la grande et épaisse forêt de Kaëlor où il vivait dans une cabane en troncs de grands sapins qu’il s’était construite avec l’aide des habitants du village voisin. Les gens dans cette partie de l’Empire étaient généreux et serviables pour qui respectait leurs coutumes.
Le jeune homme était d’assez grande taille et de constitution robuste. Sa peau était légèrement halée, comme tous ceux vivant dans la grande forêt.
Ses épaules étaient larges, sans pour autant le rendre d’un aspect massif. Et il gardait sur le visage de petites fossettes qui rappelaient sa jeunesse. Ses cheveux étaient très bruns et raides. Ils lui descendaient jusqu’aux épaules, adoucissant par leur rondeur la mâchoire carrée du garçon. Il n’avait jamais accordé la moindre attention à sa coiffure et des mèches lui tombaient aussi sur le visage, lui donnant parfois un air ténébreux. Ses yeux étaient d’un bleu profond, ce qui était rare dans cette partie du monde, et il avait de longs cils qui assombrissaient son regard perçant. Son nez était droit ce qui donnait à son visage un air assez dur mais que sa fine bouche amoindrissait. Son menton enfin était légèrement rentrant.
Tout en vérité était proportionné chez Marc et un charme particulier émanait de sa personne, comme un voile de mystère que ses yeux bleus transperçaient avec pureté.
Cependant le jeune homme avait toujours été isolé des autres par une puissante et incompréhensible timidité qui obscurcissait son cœur depuis sa plus tendre enfance. Jusqu’à prendre la décision d’une solitude volontaire il avait toujours pu compter ses amis sur les doigts de sa main. Il avait surtout extrêmement peu d’amies et même s’il arriver à s’exprimer devant un autre garçon ce n’était pas le cas face à une représentante de la gente féminine, à son grand dam. Il ne désespérait pourtant pas, la patience étant l’une de ses qualités.
Il avait bâti à la sueur de son front une vaste grange dans laquelle il stockait la production de ses plantations ainsi qu’un appentis au toit penché pour le bois et tous ses outils. Il s’était installé dans une assez vaste clairière à l’herbe verte et au calme tranquille. Seuls le pépiement des oiseaux et le sifflement du vent du Sud troublaient la sérénité ancestrale de l’endroit.
Toutefois le garçon n’était pas trop éloigné du sentier qui conduisait à la petite bourgade de Monger. Il s’y rendait pour acheter certaines denrées qui lui étaient indispensables et vendre une partie de la production de son petit verger. Lorsqu’il était en ville il rendait aussi visite à son vieil ami All, l’armurier, et allait boire un verre à l’auberge du bourg, où il bavardait des dernières nouvelles et du temps qu’il ferait pendant la semaine, avec Georges, le tavernier.
Cependant si Marc avait accepté cette vie solitaire c’est aussi parce qu’il désirait pouvoir être tranquille lorsqu’il s’adonnait à la magie. En effet, ses parents avaient été durant leur vie des magiciens, luttant pour le bien de l’Empire et de la nature. Le travail de leur confrérie avait d’ailleurs pris, depuis quelques générations, une importance croissante. Même si le sort de magicien n’était vraiment pas enviable dans ces temps troublés Marc avait toujours su qu’il serait l’un d’eux. La magie qui entourait le monde telle une invisible enveloppe l’avait toujours fasciné.
A l’origine de l’importance de plus en plus grande des magiciens était la dégradation des rapports qui liaient les hommes avec les Elfes d’au-delà des terribles montagnes. Une secte prônant la haine et la discorde, la confrérie des Roths, avait considérablement étendu son pouvoir et corrompait maintenant les plus hauts cercles dirigeants du pays. Cette confrérie adorait les Quatre et leur était entièrement dévouée. On disait même que leur grand maître était un Sorcier au service du plus terrible des Noirs…
C’était des membres de cette secte qui avaient assassinés les parents de Marc alors qu’ils vivaient encore à Talak, comme de nombreux autres magiciens gênants. Et il ne restait plus au jeune homme que quelques cousins comme seule famille et un grand père du côté paternel qu’il ne connaissait pas, ne l’ayant jamais vu.
Les Roths préparaient une révolte contre l’autorité afin de donner les clés de l’Empire Humain aux forces du mal qui avaient recommencé de s’amasser aux frontières des royaumes Elfiques. On parlait de créatures horribles se rassemblant aux portes d’Alatan, la forteresse qui gardait le seul col de la chaîne de montagne derrière laquelle s’étendaient les steppes désolées des royaumes de l’ombre. Ce qui ne s’était plus jamais vu depuis la grande guerre !
Avant leur mort les parents du jeune homme avaient seulement pu lui laisser un grimoire dans lequel ils avaient recensé tout leur savoir. Marc essayait depuis, d’apprendre à manier les plus simples des sorts pour poursuivre un jour leur travail et se présenter devant le Conseil.
Il était donc parti vivre dans la forêt qui s’étendait près de la frontière avec le royaume des Elfes, Kaëlor. La province où elle se situait était loin des intrigues de la cour et de l’agitation, il pouvait s’y entraîner en paix.
Marc retourna s’asseoir avec le ciseau à bois et son marteau. Il glissa le ciseau dans l’imperceptible fente qui séparait la base du coffret et son couvercle, en dessous des personnages de métal. Il donna ensuite un coup sec et puissant avec la masse, afin de créer une ouverture. Voyant que cela n’avait pas d’effets, il frappa à nouveau. Rien ne jouait, le bois lui-même ne s’était pas abîmé à l’endroit où il tapait et aucun éclat ne s’était détaché. « Tiens », Se dit Marc, « Se pourrait t’il que ce coffre soit enchanté, ou du moins protégé par un sort ? » il n’y avait en effet aucune autre explication cohérente à ce phénomène.
Il reposa donc ses outils et prit le coffret sur ses genoux, le calant avec le bord de la table. Il passa ensuite sa main devant la serrure. Un sortilège la repoussait à chaque fois qu’il essayait de la toucher, il le sentait parfaitement.
Il appuya alors de tout son poids. Rien n’y fit. Plus il forçait, plus il était repoussé par l’obscur pouvoir, comme s’il avait tenté d’enfermer un esprit de la forêt dans une cage. Il cessa, voyant que cela ne servait à rien, et tenta une autre méthode. Reposant le coffre sur la table il avança très doucement sa main. Imperceptiblement, par petits coups, il tenta de se rapprocher de la serrure. Il sentait comme une sorte de sourde résistance lorsqu’il avançait et ses doigts se mirent à trembler. Pourtant cette fois il lui semblait qu’il allait pouvoir arriver à la toucher. Mais, au dernier moment, alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres, une vive douleur le brûla à l’extrémité de sa main et il fut projeté en arrière par le sort, manquant de peu de tomber de sa chaise.
Ne se décourageant pas pour autant Marc réessaya. « J’ai déjà entendu parler de ces enchantements, ils sont utilisés pour empêcher l’accès d’objets précieux à certaines personnes. Ils ne réagissent pas de la même manière pour tout le monde mais je ne sais vraiment pas comment faire pour les contrer ! » Pensait t’il. « Peut-être aurais-je de la chance… »
Votre avis...