Chapitre 6 : Luttes et évasions
« Et encore une autre journée de travail abattue ! » Le jeune homme semblait s’étonner lui-même de ce fait…
Une quinzaine de jours était maintenant passée depuis qu’il avait été conduit aux Chantiers et il ne s’y était toujours pas habitué... Les autres l’avaient dans le sang ces Chantiers, pas lui. Son corps souffrait, et son esprit aussi. Depuis une bonne dizaine de jours il ne faisait que des cauchemars, toutes les nuits. Et toujours le même.
Une créature terrible, pareille à un obscur spectre, hantait ses nuits. Il se battait contre elle tous les soirs, aux milieux de ses rêves. Il lui semblait qu’Elle voulait le dévorer impitoyablement, en songe. Lui n’avait qu’une épée pour se défendre et elle était si grande… Elle se dressait devant lui de toute sa hauteur à chaque fois, en sifflant, puis fondait sur lui. Et alors qu’il la combattait, luttant de toute ses forces au milieu de ses songes, il revoyait Alae, il revoyait Ledd, il revoyait ses parents… Il lui semblait qu’il revivait les images de tout ce qui le désespérait le plus au contact de cette bête malfaisante. Cependant il luttait, avec la rage et la force terrible de celui qui n’a plus rien à perdre. Jusqu’à présent il n’avait pas cédé un seul pouce de terrain au monstre hideux de ses nuits. Mais il sentait en lui-même qu’il faiblissait, malgré lui et chaque nouveau combat était plus dur, plus âpre encore. Quand il se réveillait le matin une fine pellicule de sueur glacée entourait son corps. Même le jour il n’avait pas de repos. Car en plus de ses travaux de force un mal de tête lui broyait le crâne. C’était comme si un énorme étau froid lui enserrait l’esprit, lui faisant perdre peu à peu toute sensation, ne laissant que de la douleur et du désespoir.
Seules deux choses permettaient au garçon de tenir et de résister encore :
Sa détermination sans faille, sa terrible volonté lui imposait de vivre pour accomplir sa mission. Elle lui permettait d’endurer toute les épreuves que lui imposait la vie sans rechigner.
Et surtout ses amis. Car il n’était pas seul. Toute son équipe était soudée autour de lui et l’aidait à s’habituer à son nouveau métier de forçat. Tous à leur façon essayaient de soutenir le petit nouveau qui les avait rejoint.
Thÿrill faisait plus que sa part dans leur duo tout le long de la journée, Marc s’en était rendu compte et apportait sa bonne humeur et son rire franc à la tristesse de toutes ces mornes journées. Martha était pour lui comme une seconde mère, douce et attentionnée. Hutt et Joth et lui expliquaient toutes les astuces et les secrets de la vie de Forçat, Rakhor et Fritz le protégeaient des autres détenus et de leur brutalité, et les trois Elfes avaient avec lui de longues discussions plus où moins philosophiques qui permettaient au garçon de s’élever un peu de ces Chantiers qui mobilisaient toute son attention et usaient tout son corps. Jamais il n’aurait pu supporter sans chacun d’eux les épreuves qui l’accablaient.
Mais Marc n’avait depuis son arrivée qu’une seule idée en tête : S’échapper au plus vite de ces oppressants Chantiers.
Il avait donc commencé son enquête parmi ses neuf compagnons. Mais à chaque fois qu’il tentait d’en parler avec l’un deux il blêmissait et s’affolait, comme si quelqu’un aurait pu les surprendre et les en punir, jetant des regard inquiets par-dessus son épaule. Nul ne voulait parler de ça, à l’étonnement du garçon. La seule réponse que Marc avait pu recueillir lui avait été donnée par Thÿrill, si doucement que le jeune homme avait presque du coller son oreille à la bouche du nain pour comprendre ce qu’il murmurait. Même lui avait peur.
Il lui avait expliqué la raison de ce silence affolé : en fait quiconque parlait de fuite où d’évasion était tué par les Elfes, ce qui paraissait normal. Mais il lui apprit aussi que tous les arbres étaient en réalité des espions Elfiques. Ils écoutaient toutes les conversations des prisonniers et s’ils décelaient quelque chose de suspect ils prévenaient aussitôt les Elfes qui abattaient la personne désignée dans l’heure.
De plus il était impossible de s’évader car les fers qu’ils portaient tous aux pieds et aux mains qui servaient à les enchaîner étaient enchantés. Ils n’étaient pas destructibles par tout ce que l’on aurait pu imaginer, malgré leur apparence banale et rouillée.
Aucun acier ni presque aucun sortilège ne pouvaient entamer leur solide composition. On ne pouvait donc pas fuir pendant le seul moment ou il aurait été possible de le faire, la nuit.
En effet de jour même le garçon convenait qu’ils ne pouvaient pas s’évader. Des gardes particulièrement attentifs, comme seuls les Elfes peuvent l’être, surveillaient avec attention chaque Décade, prêts à donner l’alerte ou à abattre les fuyards de flèches lancées avec précision.
Il avait aussi parlé aux arbres, pour essayer de mieux les comprendre et leur demander de l’aide. Mais ceux-ci ne lui avaient même pas répondu. Il n’avait jamais imaginé qu’ils auraient pu être si froid…
Mais le garçon comprenait enfin les raisons de l’accablement et de la résignation qu’il pouvait lire dans tous les yeux Marc ne se découragea pas pour autant.
Cette nuit là justement, peu pressé de s’endormir malgré la fatigue et son terrible mal de tête, car c’était pour retrouver ses cauchemars, il songea.
« Si je ne peux pas m’échapper de jour je dois le faire de nuit... Or, la seule possibilité que laissait entendre Thÿrill était que l’on pouvait briser les fers par un sortilège. Mais il a aussi précisé que la plupart étaient inefficaces… Je dois donc être capable de lancer un sort qui puisse me libérer…
Cela devrait être possible. Je suis le Doué tout de même ! Il faut que je maîtrise cette puissance que je sens au fond de moi, qui bout dans mes veines. Je dois pouvoir le faire, même sans l’épée réceptrice. Elle amplifie mes pouvoirs, ce qui signifie que je peux quand même les utiliser sans elle, malgré une puissance moindre... Il faut que j’y arrive. » Se raisonnait-il avec détermination, dans la quiétude de la nuit. Et avant de s’endormir ce soir là il essaya. Il ferma les yeux et attendit...
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