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Samedi 14 janvier 2006
Prologue
 
La terre pansait encore ses blessures de la grande et terrible guerre qui l’avait ravagée quelques siècles plus tôt, que les rumeurs d’une grande armée se rassemblant aux pieds d’Alatan courraient de nouveau parmi les Royaumes anciens d’Haëlor. Les alliances qui jadis avaient permis la victoire sur les ténèbres s’étaient aujourd’hui distendues. Bien de l’eau avait coulé sous les ponts depuis la bataille des Cairns sacrés...
Les Quatre avaient attendu patiemment leur heure, exilés dans les sombres forteresses des steppes désolées. Alors que tous se forçaient à oublier ce qu’ils avaient vu et vécu, enfouissant leurs terribles souvenirs dans les méandres de leur mémoire, eux s’étaient remémorés chaque détail avec passion. Ils avaient regardé froidement les fils de l’Homme et les enfants d’Elathi prospérer au cours des années, tandis que les anciennes amitiés s’oubliaient avec le calme et la nonchalance si particulière à la paix. Ils avaient eu le temps pour réfléchir aux erreurs du passé et élaborer leurs plans, dans l’ignorance et le mépris haineux des autres peuples. Lentement et patiemment ils avaient entrepris la création de ce qui serait le début de la fin et instaurerait à jamais leur règne de noirceur sur la terre, en l’honneur des Dieux infernaux.
 
Mais à l’aube de l’ère la plus troublée que connaîtra jamais Haëlor des puissances titanesques qui ne dépendent d’aucune volonté mortelle s’éveillent en silence. Les Dieux eux-mêmes en seront ébranlés. Du plus profond de la forêt de Kaëlor commence ainsi ce dont allait dépendre le sort du monde entier...
 
Et la vieille prophétie toujours de résonner entre les murs du Farthyr de Talak, « Il descendra du ciel pour combattre par son sang l’emprise Noire »
 

 

Chapitre 1 : une étonnante découverte.

 

 

 

     
 
 
« Cling ! »
 
 
 
La pelle avait émit un son métallique. Etonné, Marc s’arrêta de bêcher. Il essuya son front ruisselant d’un revers de la manche et pesta ; « Pff, encore un vieux bout de métal datant de la grande guerre ! »
Il se dépêcha cependant de creuser afin de déterrer l’objet.
Au fur et à mesure qu’il le dégageait il vit apparaître l’extrémité d’un petit coffre. Intéressé, il finit de le sortir de terre et le regarda plus attentivement.
 
Il était construit dans un bois dur et noueux, de couleur sombre, pareille à celle des immenses arbres des profondeurs de la forêt de Kaëlor. Des ornements s’étendaient sur toute la bordure du coffre, telle une ferronnerie raffinée et antique, et la serrure de l’objet était finement ciselée. Tout cela était sculpté dans un métal argenté très pâle, à la limite du blanc sous la lumière écrasante des deux soleils.
 
Marc n’en crut pas ses yeux. « Fantastique ! » Pensa t’il en se relevant. Et il courut sur le chemin, rentrant en trombe dans sa cabane au toit de chaume.
 
Une impatience enfantine le pressait irrésistiblement de regarder le contenu de sa découverte.
 
 
Après sa course effrénée il reprit son souffle et posa le coffret sur sa table. Puis il s’assit en face.
Il contempla alors plus longtemps l’œuvre d’art qui reposait devant ses yeux ébahis par tant de travail et de beauté. Dans la pénombre de la pièce aux volets rabattus le métal argenté luisait doucement de reflets bleutés, presque tranchants. Le coffre ne semblait pas avoir subit les dommages du temps, malgré un séjour sous terre que le jeune homme devinait long. Seule la terre noire de la forêt ternissait sa splendeur. Le garçon alla donc chercher une brosse et un seau d’eau pour le nettoyer. Il frotta et astiqua de toutes ses forces les incrustations et lava le bois sec et verni. Après un long moment le coffret apparu enfin dans toute sa magnificence. Marc recula alors de sa chaise pour mieux le contempler.
 
Les incrustations que Marc avait prit en premier lieu pour des motifs végétaux étaient en réalité une série de petits personnages. Ils semblaient tous marcher dans des directions qui convergeaient vers la serrure. Celle-ci était à elle seule une œuvre de maître qui égalait les splendeurs qu’avaient put voir le jeune homme, alors enfant, à la cour du Grand Roi, il y a de cela des années.
 
Elle était sculptée comme une grande porte dont le battant était son orifice. Le fronton était découpé avec tant de détail pour une si petite chose qu’il semblait être de dentelle. On aurait dit qu’une simple pichenette pouvait tout briser. Mais il n’en était rien. Le froid acier argenté était plus dur que la lame d’une épée.  
 
Le garçon hésita un instant à abîmer ce remarquable objet mais il se leva finalement, pour aller prendre un ciseau à équarrir dans la remise adossée à sa cabane.
 
 
 
Marc avait vingt ans et il vivait seul depuis environ quatre ans, date à laquelle étaient morts ses parents. Il avait alors quitté Talak, la capitale Humaine, pour la grande et épaisse forêt de Kaëlor où il vivait dans une cabane en troncs de grands sapins qu’il s’était construite avec l’aide des habitants du village voisin. Les gens dans cette partie de l’Empire étaient généreux et serviables pour qui respectait leurs coutumes.
 
Le jeune homme était d’assez grande taille et de constitution robuste. Sa peau était légèrement halée, comme tous ceux vivant dans la grande forêt.
Ses épaules étaient larges, sans pour autant le rendre d’un aspect massif. Et il gardait sur le visage de petites fossettes qui rappelaient sa jeunesse. Ses cheveux étaient très bruns et raides. Ils lui descendaient jusqu’aux épaules, adoucissant par leur rondeur la mâchoire carrée du garçon. Il n’avait jamais accordé la moindre attention à sa coiffure et des mèches lui tombaient aussi sur le visage, lui donnant parfois un air ténébreux. Ses yeux étaient d’un bleu profond, ce qui était rare dans cette partie du monde, et il avait de longs cils qui assombrissaient son regard perçant. Son nez était droit ce qui donnait à son visage un air assez dur mais que sa fine bouche amoindrissait. Son menton enfin était légèrement rentrant.
 
Tout en vérité était proportionné chez Marc et un charme particulier émanait de sa personne, comme un voile de mystère que ses yeux bleus transperçaient avec pureté.
 
Cependant le jeune homme avait toujours été isolé des autres par une puissante et incompréhensible timidité qui obscurcissait son cœur depuis sa plus tendre enfance. Jusqu’à prendre la décision d’une solitude volontaire il avait toujours pu compter ses amis sur les doigts de sa main. Il avait surtout extrêmement peu d’amies et même s’il arriver à s’exprimer devant un autre garçon ce n’était pas le cas face à une représentante de la gente féminine, à son grand dam. Il ne désespérait pourtant pas, la patience étant l’une de ses qualités.
 
 
Il avait bâti à la sueur de son front une vaste grange dans laquelle il stockait la production de ses plantations ainsi qu’un appentis au toit penché pour le bois et tous ses outils. Il s’était installé dans une assez vaste clairière à l’herbe verte et au calme tranquille. Seuls le pépiement des oiseaux et le sifflement du vent du Sud troublaient la sérénité ancestrale de l’endroit.
 
Toutefois le garçon n’était pas trop éloigné du sentier qui conduisait à la petite bourgade de Monger. Il s’y rendait pour acheter certaines denrées qui lui étaient indispensables et vendre une partie de la production de son petit verger. Lorsqu’il était en ville il rendait aussi visite à son vieil ami All, l’armurier, et allait boire un verre à l’auberge du bourg, où il bavardait des dernières nouvelles et du temps qu’il ferait pendant la semaine, avec Georges, le tavernier.
 
 
Cependant si Marc avait accepté cette vie solitaire c’est aussi parce qu’il désirait pouvoir être tranquille lorsqu’il s’adonnait à la magie. En effet, ses parents avaient été durant leur vie des magiciens, luttant pour le bien de l’Empire et de la nature. Le travail de leur confrérie avait d’ailleurs pris, depuis quelques générations, une importance croissante. Même si le sort de magicien n’était vraiment pas enviable dans ces temps troublés Marc avait toujours su qu’il serait l’un d’eux. La magie qui entourait le monde telle une invisible enveloppe l’avait toujours fasciné.
 
 
A l’origine de l’importance de plus en plus grande des magiciens était la dégradation des rapports qui liaient les hommes avec les Elfes d’au-delà des terribles montagnes. Une secte prônant la haine et la discorde, la confrérie des Roths, avait considérablement étendu son pouvoir et corrompait maintenant les plus hauts cercles dirigeants du pays. Cette confrérie adorait les Quatre et leur était entièrement dévouée. On disait même que leur grand maître était un Sorcier au service du plus terrible des Noirs…
 
C’était des membres de cette secte qui avaient assassinés les parents de Marc alors qu’ils vivaient encore à Talak, comme de nombreux autres magiciens gênants. Et il ne restait plus au jeune homme que quelques cousins comme seule famille et un grand père du côté paternel qu’il ne connaissait pas, ne l’ayant jamais vu.
 
Les Roths préparaient une révolte contre l’autorité afin de donner les clés de l’Empire Humain aux forces du mal qui avaient recommencé de s’amasser aux frontières des royaumes Elfiques. On parlait de créatures horribles se rassemblant aux portes d’Alatan, la forteresse qui gardait le seul col de la chaîne de montagne derrière laquelle s’étendaient les steppes désolées des royaumes de l’ombre. Ce qui ne s’était plus jamais vu depuis la grande guerre !
 
Avant leur mort les parents du jeune homme avaient seulement pu lui laisser un grimoire dans lequel ils avaient recensé tout leur savoir. Marc essayait depuis, d’apprendre à manier les plus simples des sorts pour poursuivre un jour leur travail et se présenter devant le Conseil.
Il était donc parti vivre dans la forêt qui s’étendait près de la frontière avec le royaume des Elfes, Kaëlor. La province où elle se situait était loin des intrigues de la cour et de l’agitation, il pouvait s’y entraîner en paix.
 
 
 
Marc retourna s’asseoir avec le ciseau à bois et son marteau. Il glissa le ciseau dans l’imperceptible fente qui séparait la base du coffret et son couvercle, en dessous des personnages de métal. Il donna ensuite un coup sec et puissant avec la masse, afin de créer une ouverture. Voyant que cela n’avait pas d’effets, il frappa à nouveau. Rien ne jouait, le bois lui-même ne s’était pas abîmé à l’endroit où il tapait et aucun éclat ne s’était détaché. « Tiens », Se dit Marc, « Se pourrait t’il que ce coffre soit enchanté, ou du moins protégé par un sort ? » il n’y avait en effet aucune autre explication cohérente à ce phénomène.
 
Il reposa donc ses outils et prit le coffret sur ses genoux, le calant avec le bord de la table. Il passa ensuite sa main devant la serrure. Un sortilège la repoussait à chaque fois qu’il essayait de la toucher, il le sentait parfaitement.
Il appuya alors de tout son poids. Rien n’y fit. Plus il forçait, plus il était repoussé par l’obscur pouvoir, comme s’il avait tenté d’enfermer un esprit de la forêt dans une cage. Il cessa, voyant que cela ne servait à rien, et tenta une autre méthode. Reposant le coffre sur la table il avança très doucement sa main. Imperceptiblement, par petits coups, il tenta de se rapprocher de la serrure. Il sentait comme une sorte de sourde résistance lorsqu’il avançait et ses doigts se mirent à trembler. Pourtant cette fois il lui semblait qu’il allait pouvoir arriver à la toucher. Mais, au dernier moment, alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres, une vive douleur le brûla à l’extrémité de sa main et il fut projeté en arrière par le sort, manquant de peu de tomber de sa chaise.
 
Ne se décourageant pas pour autant Marc réessaya. « J’ai déjà entendu parler de ces enchantements, ils sont utilisés pour empêcher l’accès d’objets précieux à certaines personnes. Ils ne réagissent pas de la même manière pour tout le monde mais je ne sais vraiment pas comment faire pour les contrer ! » Pensait t’il. « Peut-être aurais-je de la chance… » 
 
 

 

 

 

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Par Xoyfire
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Mercredi 25 janvier 2006
 
 Et pendant trois jours entiers il essaya...
 
Dès qu’il avait une minute de temps libre il se précipitait sur le coffret pour tenter de l’ouvrir à nouveau. En vain. À la fin, de nombreuses cloques se formaient sur ses doigts, à force de se brûler en approchant de trop près la serrure.
 
Mais le soir du troisième jour, alors que le jeune homme sentait s’amenuiser en lui-même l’espoir qui l’avait motivé jusqu’alors, il finit par arriver, stupéfait, à entrer au contact de la serrure d’or. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise devant l’exploit qu’il était en train d’accomplir et, au moment où ses doigts abîmés touchaient la serrure, un petit bruit métallique se fit entendre.
Il la vit alors pivoter sur elle-même puis s’enfoncer dans le coffre. Un mécanisme se mit ensuite à tourner, et le coffret s’ouvrit. Dans ses mains abîmées le garçon tenait maintenant le couvercle du petit coffre !
 
Marc regarda à l’intérieur et il y vit un épais livre et une petite bourse de cuir noir.
 
Cependant au moment où il allait sortir le grimoire il se souvint d’un seul coup qu’il avait laissé la plupart de ses outils dans son potager et que la nuit allait tomber. Refoulant avec un effort terrible son impatience il alla ranger ses instruments de jardinage, préférant ne pas risquer d’abîmer ses seuls moyens de subsistance pour le coffret qu’il aurait tout le temps d’étudier par la suite.
 
Une fois que tout fut remis en ordre il rentra à nouveau dans la cabane et ferma la porte.
Maîtrisant là encore avec une poigne de fer son instinct il fit un bon feu dans la cheminée et y mit son souper. Puis il revint de nouveau au coffret. Il laissa alors enfin libre cours à son excitation… Il pris le petit coffre dans ses bras et alla s’asseoir sur son fauteuil, au coin de l’âtre.
 
Il en sortit d’abord le gros livre relié.
 
Après avoir épousseté son épaisse couverture de cuir bouilli pleine de poussière, il se rendit compte qu’il y avait une tête en relief dessinée dessus, en guise d’illustration. Lorsqu’il la regarda de plus près elle lui sourit et, stupéfait, il la vit lever les yeux sur lui et se mettre à parler. « Le dessin représenté sur le grimoire lui parlait ! »
 
 
_ Comment t’appelles-tu mon garçon ? Lui dit la chose d’une étonnante voix grave qui restait pourtant bien humaine.
_ Marc. Répondit-il, effrayé mais cependant riant intérieurement de l’étrangeté de ce qui lui arrivait...
_ Et bien, Félicitation Marc ! Tu as réussi, grâce à ta ruse et surtout ta patience, à ouvrir le coffre magique de Zalatum.
_ Mais qui êtes-vous ? Demanda Marc avec une curiosité empreinte de méfiance.
_ Moi ? Mais c’est trop d’honneur que tu me fait en me considérant comme une personne ! Je ne suis qu’une illustration, même si j’ai un nom.
_ Une illustration ? Je n’en avais encore jamais vu parler ! S’exclama le jeune homme.
_ C’est normal, c’est assez rare. Moi c’est Zalatum le sorcier qui m’a enchanté. Dit la tête.
 
Alors qu’elle disait ces mots le garçon crut voir se peindre sur son visage comme une expression de fierté.
 
_ C’est aussi Zalatum qui m’a chargé, alors qu’il était très, très, âgé et proche de la mort, de transmettre sa volonté à celui qui réussirait à ouvrir le coffret, dit la couverture.
Et c’est toi la seule personne a avoir pu réussir à l’ouvrir depuis qu’il a été enterré par le magicien. Tu as, par là même, passé la première épreuve.
_ Personne d’autre que moi n’a essayé d’ouvrir la boite ? Interrogea Marc surpris d’être le premier à avoir tenté d’ouvrir le magnifique coffret.
_ Oh si ! Nombreux on été ceux qui on tapé dessus ! Ou qui, de rage, l’on jeté au feu ! Dit la tête en souriant.
_ Et elle a résisté à tout ! Mais comment a-t-elle finit de nouveau enterrée ? Et ici, au beau milieu de Kaëlor ?
_ En fait c'est un brigand qui l’avait volée, mais il a fini par se désespérer de ne pas arriver à l’ouvrir et à l’enterrer de nouveau pour ne plus en entendre parler. Il ne voulait pas aussi se faire prendre par ceux qui le recherchaient.
_ Hum, je comprends. Mais qu’est ce que c’est que cette histoire de première épreuve ?
_ Ah, sur cela tu ne dois rien savoir, lui répondit le visage, visiblement contrarié.
_ Puis je voir ce que tu contiens ? Demanda Marc d’une voie polie.
_ Seulement lorsque tu auras ouvert la bourse de cuir, jeune homme, répondit le dessin d’un ton autoritaire et froid qui étonna le garçon.
 
Marc pris donc la bourse et l’ouvrit. Une pierre taillée a six faces et de couleur jaune glissa alors dans sa main.
 
Elle avait la taille d’un gros grêlon et elle lui paru presque tiède contre sa paume. Elle brillait de nombreux reflets avec un éclat doré magnifique, tel un soleil de feu que l’on aurait pu tenir dans sa main. Jamais Marc n’avait vu de gemme aussi pure et resplendissante. Elle aurait tout à fait pu être incrustée sur la couronne d’un roi, de par sa grosseur et son noble éclat topaze. « Mais pas de doute, elle est aussi magique ! » pensa le jeune homme. Et en effet peu de temps après qu’il l’ait sortie de la bourse de cuir une tache sombre apparut sur sa surface, qui était au début unie et lisse. Elle s’étendit et bientôt toute la pierre fut comme sous l’emprise de ténèbres, le jaune cuivré ayant fait place au noir profond et ténébreux dévorant tout.
 
Surgit alors de la gemme une sombre créature, dans un mince filet de fumée bleue. Elle était entièrement vêtue de noir et une cape ainsi qu’un capuchon qu’elle avait rabattu masquait son visage.
 
Elle sembla rester un instant en lévitation dans l’air puis se posa avec un sifflement sur le sol devant Marc.
 
Le jeune homme, horrifié, se leva d’un bond de son fauteuil. Un léger brouillard opaque s’étendait dans la pièce, autour de l’étrange être vêtu d’obscurité.
 
On ne distinguait pas son visage, et seul ses deux yeux jaunes et brillants luisaient d’un éclat cruel dans la pénombre de la pièce. La pierre était maintenant de feu, des spirales orangées apparaissant et disparaissant à sa surface dans un trouble indescriptible. Elle brûlait la main du garçon mais ce dernier n’y prêtait pas attention. Il était trop fasciné par l’étrange créature qui se dressait devant lui.
 
_ Fuis mortel, lui dit la bête d’une voix gluturale, car je suis un serviteur du maître des ténèbres et tu ne peux rien faire contre moi.
 
 
Effrayé Marc n’avait qu’une envie : partir sans demander son reste. Mais ses jambes ne voulaient plus lui obéir, il n’arrivait pas à s’enfuir. Un long frisson de terreur lui parcouru l’échine alors qu’il ne pouvait détacher son regard des yeux incandescents de ce qui le menaçait.
 
L’horrible créature se rapprocha alors lentement de lui, d’un pas vif, tel un homme décidé et sur de lui. Lorsqu’il ne fut plus qu’à un mètre du garçon il leva dans sa direction un doigt menaçant et crochu comme une serre. Ses ongles noircis et rongés par la crasse étaient tellement longs qu’ils formaient des griffes.
 
_ C’est le dernier avertissement que je formule, dans ma grande magnanimité. Si tu ne pars pas je me verrai obligé de t’occire et ton âme torturée m’accompagnera dans le royaume des morts à jamais pour un éternel tourment !
 
Le jeune homme se mit à trembler malgré lui et il devint très pâle. Il était clair qu’il devait partir en courant. Cependant, par une obscure raison qu’il ne pouvait ni s’expliquer ni comprendre, il n’arrivait toujours pas à s’enfuir. Il y avait comme une voix intérieure qui s’était mise à lui crier qu’il devait rester, que tout cela n’était pas possible. Sa tête bourdonnait et il tomba à genoux. La peur le prenait à la gorge et il sentit le rythme de son cœur s’envoler à un rythme inquiétant.
 
Le monstre se rapprocha encore de lui, porté et entouré de cette sorte de brouillard blanchâtre. Puis, soudainement, alors que sa tête n’allait plus être qu’à quelques centimètres de celle de Marc il recula d’un bond.
Il poussa alors un hurlement terrible et inhumain qui glaça les sangs du garçon alors qu’il se désagrégeait et que son corps s’émiettait en mille morceaux, telle une porcelaine brisée.
 
Il disparut, se disloquant jusqu’à redevenir de la fumée et retournant ainsi à la pierre par la même légère vapeur bleutée qui l’avait vu naître.
 
_ Bien joué mon garçon ! s’exclama l’illustration du livre, qui était resté sur le fauteuil.
C’était la deuxième épreuve. Et tu l’as réussie car tu ne t’es pas enfui. Tu n’as pas cédé à ce que t’imposait la pierre pour t’accepter. Peu de gens auraient été capable de ne pas prendre leurs jambes à leur cou à la vue de cette vision ! Maintenant la pierre t’obéira, tu l’as vaincue... Mais reste vigilant car elle peut toujours essayer à nouveau de recouvrer sa liberté qui lui a été arrachée. Elle est capable de te jouer d’autres tours, aux moments où tu t’y attendras le moins, et par des formes des plus variées.
 
_ La deuxième épreuve ? Répéta le jeune homme dans un souffle, hébété.
_ Comme tu as résisté à la pierre tu peux maintenant ouvrir mon livre, dit l’image avec un grand sourire.
_ Je vais juste te demander quelques secondes, afin de reprendre un peu mes esprits, lui répondit Marc.
_ Mais bien sur, je t’en prie, dit poliment le dessin gravé.
 
Le jeune homme regarda la pierre taillée qu’il avait dans sa main. La tâche noire avait disparue. Elle était de nouveau jaune, éclatante. Elle ne le brûlait plus mais il sentait que sa peau de sa paume avait souffert.
 
Après un long moment de silence le garçon se leva et alla la remettre dans la bourse de cuir qu’il ferma et remit à l’intérieur du coffret. Ensuite il reprit le livre et se rassit sur son fauteuil, oubliant de boire ou de manger quoique ce soit et laissant brûler dans l’âtre son dîner…
 
_ Voyons un peu ce que tu illustres, dit-il au visage, sans tenter de masquer son impatience.
 
Les pages du grimoire étaient couvertes de textes et d’arabesques alambiquées.
 
_ Que vois-tu ? demanda l’image d’un ton mielleux.
_ Hum… Plein de textes que je ne comprends pas. Ils doivent être écrits en Haut Lorgar ou dans quelque langue ancienne, répondit Marc.
_ Je le savais ! J’en étais sûr ! Ah, c’est formidable ! Formidable ! Cria le visage, d’une voix suraiguë.
_ Quoi ? Que se passe t’il ? Pourquoi es-tu si contente, illustration ? S’étonna Marc en refermant le livre pour pouvoir la voir.
_ Et bien, mon garçon, je dois t’annoncer que tu as réussi la troisième et dernière épreuve ! S’exclama la tête en lui souriant de nouveau.
_ Vas-tu donc me dire ce que signifient ces épreuves ?
_ En fait, Zalatum était un maître-magicien, et…
_ Un maître-magicien ? dit Marc, incrédule.
_ Oui, un maître-magicien, reprit l’illustration. Les maîtres-magiciens président le Conseil des magiciens. Celui-ci est formé des plus puissants et des plus sages d’entre eux, venus de tous les Collèges de magie du royaume. Ils sont élus pour toute leur vie et ce n’est qu’à leur mort que l‘on en choisit un nouveau. Ce sont eux qui dirigent les magiciens. Et encore aujourd’hui il y a un maître-magicien, qui préside le conseil. Mais revenons à Zalatum.
Lorsqu’il a su qu’il allait mourir il m’a créé, ainsi que le livre que tu tiens dans tes mains, le coffret et la pierre. Mais tout cela dans un seul but. Zalatum ne voulait pas, comme de nombreux autres avant lui, que ses connaissances se perdent. Pour en être sur il les écrivit sur ce grimoire en regroupant aussi tout ce qu’avaient déjà rédigé ses prédécesseurs. Puis il me fit tel que je puisse les expliquer à celui qui passerait avec brio les trois épreuves. Seul…
_ Et la dernière épreuve c’était quoi ? L’interrompit Marc.
_ La troisième épreuve était d’arriver à voir ce qui est écrit sur le livre. Pour quelqu’un qui n’a pas le don c’est impossible. Un puissant sortilège le protège.
_ Et qu’est ce que c’est que le don ? Demanda Marc.
_ Voilà, j’y arrive. Zalatum savait que le savoir qu’il transmettait était puissant et que seul une personne ayant le don, c'est-à-dire une aptitude toute particulière à la magie, pourrait le contrôler sans danger. Il institua donc trois épreuves que seule une personne douée pourrait réussir. Or tu viens d’accomplir ce soir ces trois épreuves. Sans même t’en rendre compte tu as triomphé de tout ce qu’avait institué Zalatum…
Il y eu un petit silence, le garçon et le visage du grimoire se regardèrent dans les yeux. Puis l’illustration parlante reprit,
_ Ma tâche est désormais de t’assister et de t’enseigner la magie.
_ Mais, je ne t’ai pas dit que mes parents étaient magiciens et que depuis leur mort j’essaye d’apprendre à maîtriser la magie. Je suis déjà magicien en fait… Et ils m’ont laissé un grimoire où ils m’expliquaient ce qu’ils savaient sur le sujet.
_ Arrives-tu à faire quelque chose ?
_ Oui. En fait, mes parents protégeaient la nature et travaillaient ce domaine en particulier. Dans ce grimoire ils m’expliquent surtout comment parler aux plantes.
_ Est ce que tu y es déjà arrivé ?
_ Juste à parler aux arbres.
_ C’est déjà fantastique pour ton âge mon garçon ! Dit l’illustration avec comme une sorte de hochement de tête.
Et tu n’utilises pas la magie pour autre chose ?
_ Non, je n’y arrive pas. Je ne sais pas lire le Haut Lorgar, la langue des magiciens…
_ Hum, tu as juste travaillé ton pouvoir personnel alors ?
_ Oui c’est ça. Mais, dis-moi illustration, as-tu un nom ? Demanda Marc au bout d’un moment.
_ Oui, lorsque le magicien m’a créé il m’a appelé Ledd.
_ Et bien il faut que je te dise bonsoir Ledd, je vais dîner. Cela ne te déranges pas si je te remet dans le coffret, avec la pierre ?
_ Non, non ne t’inquiète pas pour moi mon garçon.
_ Très bien, alors bonne nuit Ledd.
_ Bonne nuit Marc, répondit gentiment le visage alors que le jeune homme le rangeait.
Et il alla s’asseoir à table. Il avait oublié de sortir sa soupe du feu : elle était carbonisée. Il pris à la place un quignon de pain. « Que de choses lui était arrivées aujourd’hui !
Lui qui était habitué à une tranquille vie de campagnard… » Pensa t’il en mangeant.
Ses yeux commençaient à se fermer tous seuls sous l'effet de la fatigue. Il eut un petit frisson en repensant au personnage ténébreux qui était sortit de la pierre. « Serait-il là à chaque fois qu’il la sortirait de la bourse de cuir ? Et d’ailleurs à quoi pouvait elle bien servir ? Peut être n’avait elle que comme fonction de constituer une épreuve ? Ou alors avait-elle aussi des propriétés magiques ? »
Il avait oublié de le demander à Ledd…
« Quel étrange personnage que ce Ledd ! » Repensa t’il. Il ne savait pas qui il était vraiment, mais ses intentions paraissaient amicales.
Etre l’élève d’une illustration parlante gravée sur un grimoire ! C’était une histoire à dormir debout… Pourtant c’était bien la réalité, le jeune homme n’avait pas rêvé, le coffret sculpté devant lui en était la preuve formelle…
Il verrait tout cela le lendemain, il était trop fatigué pour rouvrir de nouveau le livre ce soir. Et après avoir fini son piètre dîner et fait la vaisselle, le garçon alla se coucher.
Tout cela faisait beaucoup de questions sans réponses mais il avait la vie entière pour y répondre…

                

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Par Xoyfire
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Mercredi 25 janvier 2006
Ce fut une trille de rouge gorge qui le réveilla, le lendemain. Au son de ce léger chant d’oiseau Marc ouvrit un œil. Il vit, étonné, que la pièce baignait déjà dans la douce lumière matinale. Cela faisait des années qu’il ne s’était pas réveillé aussi tard le matin. Il fallait dire aussi que sa discussion de la veille avec le livre l’avait conduit jusqu’à tard dans la nuit.
Il se leva et s’habilla, de bonne humeur. Après s’être passé le visage sous l’eau dans son baquet de bois constitué d’une moitié de tonneau il se rasa et se prépara un copieux petit déjeuner.
Quand il l’eut englouti il recula sa chaise et réfléchit.
 
Bien entendu il avait une envie irrésistible d’aller se précipiter sur le gros livre dans le coffre et de parler à l’illustration mais il se retint. Il devait en priorité s’occuper des choses les plus importantes, et le livre ainsi que la magie passaient après l’entretien de ses seuls moyens de subsistance, qui le nourrissaient.
 
Marc décida donc d’aller en premier lieu voir si les arbres du verger se portaient bien et ensuite de s’occuper de Ledd.
Il enfila des bottes de chasse et sortit.
 
Au dehors il faisait beau. Le ciel violet s’étendait sur tout l’horizon, sans aucun nuage. Le garçon suivit le petit chemin de terre battue qui traversait le potager et se rendit derrière, à l’endroit où il avait planté des arbres fruitiers. Cela avait été la première chose qu’il avait faite en s’installant dans la clairière car ils permettaient de manger des fruits du printemps à l’automne. Maintenant ils avaient bien poussés et depuis un an déjà ils lui donnaient des fruits.
 
Lorsqu’il arriva devant les pommiers et les poiriers il s’arrêta et s’assit sur un petit talus couvert d’herbe, comme à son habitude. Une fois installé confortablement il ferma les yeux, ne pensa plus à rien et attendit. Il sentit alors la présence des arbres. Chacun d’entre eux, il le voyait dans son esprit. Ils ne disparaissaient pas comme ils l’auraient dû mais leur image restait au contraire derrière les paupières closes du jeune homme.
 
Il pouvait voir avec précision leurs écorces rugueuses et leurs troncs encore maigres.
Il ne s’expliquait pas pourquoi il arrivait à percevoir ainsi les arbres, ou plutôt leur essence. Cela lui était venu progressivement, avec l’entraînement, et maintenant c’était quelque chose de complètement naturel pour lui.
Au bout de quelques instants il demanda dans son esprit aux arbres,
 
_ Avez-vous quelque chose à me demander ?
_ Non ! Lui répondirent-ils en cœur, Merci Marc. Leurs voix étaient mélodieuses et plus ou moins chevrotante en fonction de l’âge des conifères. Tous, lorsqu’ils parlaient individuellement semblaient avoir une identité propre, une personnalité singulière. Cela avait stupéfié le garçon à ses débuts mais maintenant il considérait chacun des arbres comme un individu à part entière. 
_ Alors mes amis, quand comptez vous me faire des fruits ? demanda le jeune homme pour les taquiner.
 
Un tronc d’arbre parut s’avancer dans son esprit. Il lui dit d’une voix pleine de sollicitude :
 
_ Marc, je t’assure que dès que nous pourrons porter des fruits, nous le ferons !
_ Dès que nous le pourrons ! Reprirent les autres en choeur.
_ Merci, merci compagnons. Je n’en attendais pas moins de vous. Bon, puisque vous n’avez besoin de rien je vais vous laisser tranquilles.
_ À bientôt alors ! Dirent affectueusement les arbres plus verts de leur voix pleine de vigueur, leurs troncs sombres mouchetés de noir s’avançant dans l’esprit du garçon.
_ Au revoir ! Leur répondit Marc avec chaleur.
 
Et il ouvrit les yeux à nouveau. Aussitôt les troncs des arbres fruitiers disparurent de son esprit et il fut à nouveau dans la clairière. Une fois de plus le garçon se fit la réflexion que les arbres étaient différents dans son esprit par rapport à la vision qu’il avait d’eux dans la réalité. Le jeune homme en était arrivé à la conclusion qu’il ne voyait que l’essence des végétaux en utilisant son pouvoir, ou quelque chose comme cela.
 
« Puisqu’ils n’ont besoin de rien et que je me suis occupé des tomates hier je peux aller retrouver le grimoire ! » Pensa joyeusement le garçon.
 
Il rentra donc dans la cabane pour prendre le livre. Il l’emmena ensuite dans son endroit préféré de sa clairière : un sous-bois derrière la maison ou il y avait une très grande pierre plate sur laquelle il s’asseyait et bavardait quotidiennement avec les immenses arbres de la forêt.
 
Lorsqu’il y arriva il s’y installa et il posa le livre devant lui. Pour réveiller l’illustration il lui donna une légère pichenette sur le nez, plus impatient encore de voir ce qu’allait lui enseigner le grimoire aujourd’hui.
 
_ Aille ! Cria avec stupeur le visage en prenant un air furieux. Ne tape pas comme ça mon garçon ! Ça fait mal !
_ Je suis désolé, dit Marc penaud, je ne pensais pas avoir frappé aussi fort...
_ Tu insinues peut-être que je suis douillet ?
_ Oh non, non, Ledd !
_ Bon allez, je te pardonne, c’est la première fois que tu me réveilles, mais à l’avenir essaye d’être plus doux !
_ C’est promis !
_ En tout cas c’est parfait que tu m’aies fait lever aujourd’hui. En premier lieu il faut que tu me montres ce que tu sais faire avec la magie. Ce n’est qu’après que je pourrais commencer à t’apprendre d’autres sorts, dit l’illustration d’un ton d’enseignant.
_ D’accord, répondit Marc pour qui la chose était facile. En fait pour le moment j’ai appris grâce au grimoire de mes parents comment parler aux arbres. Mais je ne sais pas converser avec autre chose qu’un arbre, à la rigueur jeune. Je ne peux pas parler avec toutes les autres plantes plus petites. Quand je fait attention et que je me concentre je ressent seulement vaguement leur esprit. D’une manière floue et brouillée. Mon pouvoir personnel n’en ait pas encore arrivé là…
 
Mais si je dis à cet arbre là de te prendre dans ses branches pour te faire une petite démonstration, ça te va ?
 
_ Eh bien, je suis impatient de voir ça ! Dit le dessin avec un sourire enfantin jusqu’au oreilles.
 
Le garçon se demanda s’il avait eu une enfance et s’étonna encore de la puissance de Zalatum qui avait donné tant de vie et de caractère à son dessin…
 
_ Ici je connais bien les arbres et ce sont mes amis, ils seront contents de me rendre ce service, ajouta Marc, comme pour rassurer Ledd d’une petite appréhension qu’il avait vu poindre au coin de son œil.
 
Le jeune homme posa le livre au pied d’un vieux chêne, sur l’une de ses épaisses et noueuses racines. Puis il alla tranquillement se rasseoir sur sa pierre, blanchie par le soleil qui tombait en faisceaux sur sa surface.
Il ferma doucement les yeux et fit le calme dans son esprit, avec une maîtrise acquise par de longues années d’expériences. Alors, au bout d’un petit moment, des troncs apparurent.
Contrairement à ceux des arbres du verger ils étaient beaucoup plus vieux et épais. Leurs racines étaient solides et tortueuses. Du lierre montait sur leurs corps mais ils résistaient à l’étouffement, dans un épuisant combat de tous les jours.
Leurs écorces semblaient usées par le temps et il émanait d’eux une force tranquille et antique, qui berçait l’esprit du garçon comme s’il avait s’agit d’un nouveau né.
Les longues années ne paraissaient pas avoir sur ces arbres plus d’emprise que la goutte d’eau qui ruisselle doucement sur la feuille.
 
Ils approchèrent, dans l’esprit de Marc, avec une attitude bienveillante.
 
_ Bonjour, ami. Content de te revoir parmi nous, dit de sa voix grave et profonde un vieil hêtre qui semblait être le plus proche dans le rêve du garçon. Le jeune homme percevait sans mal au son de sa voix qu’il était noble et fier et qu’il gardait malgré l’âge une grande vivacité…
C’était le plus vieil arbre dans cette partie de la forêt. On sentait sa sagesse lorsqu’il s’exprimait ainsi que le respect que lui portaient ses congénères, gardant le silence alors qu’il parlait.
_ Bonjour, Aler l’ancien. Moi aussi je suis content de vous rendre visite, répondit le garçon.
_ Comment vas-tu ? Demandèrent les autres, comme d’habitude.
_ À merveille.
_ Tu nous en vois ravis, répondirent-ils avec complaisance.
_ Et de votre côté, tout se passe comme vous le voulez ? S’enquit le jeune homme, qui n’avait pas parlé à ses amis depuis quelques jours et à qui cela manquait.
_ Tout est parfait pour nous, répondirent les arbres d’un ton allègre, nous nous réveillons après l’engourdissement de l’hiver et nous sommes en pleine forme. C’est le moment que nous préférons tous, la douce éclosion de bourgeons verts à la pointe de nos vieilles branches...
_ Les amis j’ai un service à vous demander, dit ensuite le garçon, après un petit silence respectueux.
_ Que pouvons nous faire pour toi ? S’enquirent aussitôt les visages des grands conifères.
_ Et bien tu vois ce livre, là, à tes pied, Latar le chêne ?
_ Oui ami, dit un autre vénérable arbre en s’avançant plus pour pouvoir être mieux vu.
_ Pourrais-tu le prendre avec tes branches et l’emmener en ta cime ? Il s’agit d’un livre animé, qui a le don de parole, et il verrait par là que j’ai véritablement acquis le pouvoir de converser avec vous, d’une façon indiscutable.
_ Si cela peut te rendre service, répondit t’il sur un ton amusé.
_ Merci, dit Marc en faisant un petit hochement de tête.
 
Le visage de l’arbre parut occupé un petit instant puis il leva de nouveau ses yeux presque masqués par les rides vers Marc,
 
_ Voilà, c’est fait ami.
_ Merci Latar. Alors excusez moi un instant, amis, mais je dois m’absenter pour m’enquérir des impression de ce même livre. Je reviens tout de suite, ajouta Marc, un sourire au coin de la bouche.
_ D’accord, dirent les arbres.
_ Reviens vite ! Lui souffla une jeune pousse de bouleau qui n’avait encore rien dit jusque là, intimidée par la présence des Anciens.
 
Marc rouvrit les yeux. Durant une fraction de seconde il dut se réhabituer à la réalité qui l’entourait de nouveau. Puis il perçut la voix de Ledd, un peu étouffée par le feuillage.
 
_ Inc…yable ! Il m’étonne… garçon. Maîtriser… lan…ge … arbres à son âge …il…ment…doué.
_ Eh ! Comment ça va là haut ? Cria Marc.
_ P…fait mon gar…on. Mais … me faire rede…endre ?
_ D’accord je lui dis de te faire descendre, acquiesça le garçon.
 
Il referma les yeux et, une fois que les arbres furent apparus, il demanda à Latar de reposer Ledd au sol. Ensuite, après une petite discussion à propos du formidable éternel renouveau de la nature et des premiers bourgeons, il quitta ses amis pour parler avec l’illustration et il rouvrit les yeux.
 
_ Alors Ledd, content de ta petite balade dans les airs ? Finit-il par dire, tout en allant le rechercher au pied du grand chêne.
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Par Xoyfire
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