Et pendant trois jours entiers il essaya...
Dès qu’il avait une minute de temps libre il se précipitait sur le coffret pour tenter de l’ouvrir à nouveau. En vain. À la fin, de nombreuses cloques se formaient sur ses doigts, à force de se brûler en approchant de trop près la serrure.
Mais le soir du troisième jour, alors que le jeune homme sentait s’amenuiser en lui-même l’espoir qui l’avait motivé jusqu’alors, il finit par arriver, stupéfait, à entrer au contact de la serrure d’or. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise devant l’exploit qu’il était en train d’accomplir et, au moment où ses doigts abîmés touchaient la serrure, un petit bruit métallique se fit entendre.
Il la vit alors pivoter sur elle-même puis s’enfoncer dans le coffre. Un mécanisme se mit ensuite à tourner, et le coffret s’ouvrit. Dans ses mains abîmées le garçon tenait maintenant le couvercle du petit coffre !
Marc regarda à l’intérieur et il y vit un épais livre et une petite bourse de cuir noir.
Cependant au moment où il allait sortir le grimoire il se souvint d’un seul coup qu’il avait laissé la plupart de ses outils dans son potager et que la nuit allait tomber. Refoulant avec un effort terrible son impatience il alla ranger ses instruments de jardinage, préférant ne pas risquer d’abîmer ses seuls moyens de subsistance pour le coffret qu’il aurait tout le temps d’étudier par la suite.
Une fois que tout fut remis en ordre il rentra à nouveau dans la cabane et ferma la porte.
Maîtrisant là encore avec une poigne de fer son instinct il fit un bon feu dans la cheminée et y mit son souper. Puis il revint de nouveau au coffret. Il laissa alors enfin libre cours à son excitation… Il pris le petit coffre dans ses bras et alla s’asseoir sur son fauteuil, au coin de l’âtre.
Il en sortit d’abord le gros livre relié.
Après avoir épousseté son épaisse couverture de cuir bouilli pleine de poussière, il se rendit compte qu’il y avait une tête en relief dessinée dessus, en guise d’illustration. Lorsqu’il la regarda de plus près elle lui sourit et, stupéfait, il la vit lever les yeux sur lui et se mettre à parler. « Le dessin représenté sur le grimoire lui parlait ! »
_ Comment t’appelles-tu mon garçon ? Lui dit la chose d’une étonnante voix grave qui restait pourtant bien humaine.
_ Marc. Répondit-il, effrayé mais cependant riant intérieurement de l’étrangeté de ce qui lui arrivait...
_ Et bien, Félicitation Marc ! Tu as réussi, grâce à ta ruse et surtout ta patience, à ouvrir le coffre magique de Zalatum.
_ Mais qui êtes-vous ? Demanda Marc avec une curiosité empreinte de méfiance.
_ Moi ? Mais c’est trop d’honneur que tu me fait en me considérant comme une personne ! Je ne suis qu’une illustration, même si j’ai un nom.
_ Une illustration ? Je n’en avais encore jamais vu parler ! S’exclama le jeune homme.
_ C’est normal, c’est assez rare. Moi c’est Zalatum le sorcier qui m’a enchanté. Dit la tête.
Alors qu’elle disait ces mots le garçon crut voir se peindre sur son visage comme une expression de fierté.
_ C’est aussi Zalatum qui m’a chargé, alors qu’il était très, très, âgé et proche de la mort, de transmettre sa volonté à celui qui réussirait à ouvrir le coffret, dit la couverture.
Et c’est toi la seule personne a avoir pu réussir à l’ouvrir depuis qu’il a été enterré par le magicien. Tu as, par là même, passé la première épreuve.
_ Personne d’autre que moi n’a essayé d’ouvrir la boite ? Interrogea Marc surpris d’être le premier à avoir tenté d’ouvrir le magnifique coffret.
_ Oh si ! Nombreux on été ceux qui on tapé dessus ! Ou qui, de rage, l’on jeté au feu ! Dit la tête en souriant.
_ Et elle a résisté à tout ! Mais comment a-t-elle finit de nouveau enterrée ? Et ici, au beau milieu de Kaëlor ?
_ En fait c'est un brigand qui l’avait volée, mais il a fini par se désespérer de ne pas arriver à l’ouvrir et à l’enterrer de nouveau pour ne plus en entendre parler. Il ne voulait pas aussi se faire prendre par ceux qui le recherchaient.
_ Hum, je comprends. Mais qu’est ce que c’est que cette histoire de première épreuve ?
_ Ah, sur cela tu ne dois rien savoir, lui répondit le visage, visiblement contrarié.
_ Puis je voir ce que tu contiens ? Demanda Marc d’une voie polie.
_ Seulement lorsque tu auras ouvert la bourse de cuir, jeune homme, répondit le dessin d’un ton autoritaire et froid qui étonna le garçon.
Marc pris donc la bourse et l’ouvrit. Une pierre taillée a six faces et de couleur jaune glissa alors dans sa main.
Elle avait la taille d’un gros grêlon et elle lui paru presque tiède contre sa paume. Elle brillait de nombreux reflets avec un éclat doré magnifique, tel un soleil de feu que l’on aurait pu tenir dans sa main. Jamais Marc n’avait vu de gemme aussi pure et resplendissante. Elle aurait tout à fait pu être incrustée sur la couronne d’un roi, de par sa grosseur et son noble éclat topaze. « Mais pas de doute, elle est aussi magique ! » pensa le jeune homme. Et en effet peu de temps après qu’il l’ait sortie de la bourse de cuir une tache sombre apparut sur sa surface, qui était au début unie et lisse. Elle s’étendit et bientôt toute la pierre fut comme sous l’emprise de ténèbres, le jaune cuivré ayant fait place au noir profond et ténébreux dévorant tout.
Surgit alors de la gemme une sombre créature, dans un mince filet de fumée bleue. Elle était entièrement vêtue de noir et une cape ainsi qu’un capuchon qu’elle avait rabattu masquait son visage.
Elle sembla rester un instant en lévitation dans l’air puis se posa avec un sifflement sur le sol devant Marc.
Le jeune homme, horrifié, se leva d’un bond de son fauteuil. Un léger brouillard opaque s’étendait dans la pièce, autour de l’étrange être vêtu d’obscurité.
On ne distinguait pas son visage, et seul ses deux yeux jaunes et brillants luisaient d’un éclat cruel dans la pénombre de la pièce. La pierre était maintenant de feu, des spirales orangées apparaissant et disparaissant à sa surface dans un trouble indescriptible. Elle brûlait la main du garçon mais ce dernier n’y prêtait pas attention. Il était trop fasciné par l’étrange créature qui se dressait devant lui.
_ Fuis mortel, lui dit la bête d’une voix gluturale, car je suis un serviteur du maître des ténèbres et tu ne peux rien faire contre moi.
Effrayé Marc n’avait qu’une envie : partir sans demander son reste. Mais ses jambes ne voulaient plus lui obéir, il n’arrivait pas à s’enfuir. Un long frisson de terreur lui parcouru l’échine alors qu’il ne pouvait détacher son regard des yeux incandescents de ce qui le menaçait.
L’horrible créature se rapprocha alors lentement de lui, d’un pas vif, tel un homme décidé et sur de lui. Lorsqu’il ne fut plus qu’à un mètre du garçon il leva dans sa direction un doigt menaçant et crochu comme une serre. Ses ongles noircis et rongés par la crasse étaient tellement longs qu’ils formaient des griffes.
_ C’est le dernier avertissement que je formule, dans ma grande magnanimité. Si tu ne pars pas je me verrai obligé de t’occire et ton âme torturée m’accompagnera dans le royaume des morts à jamais pour un éternel tourment !
Le jeune homme se mit à trembler malgré lui et il devint très pâle. Il était clair qu’il devait partir en courant. Cependant, par une obscure raison qu’il ne pouvait ni s’expliquer ni comprendre, il n’arrivait toujours pas à s’enfuir. Il y avait comme une voix intérieure qui s’était mise à lui crier qu’il devait rester, que tout cela n’était pas possible. Sa tête bourdonnait et il tomba à genoux. La peur le prenait à la gorge et il sentit le rythme de son cœur s’envoler à un rythme inquiétant.
Le monstre se rapprocha encore de lui, porté et entouré de cette sorte de brouillard blanchâtre. Puis, soudainement, alors que sa tête n’allait plus être qu’à quelques centimètres de celle de Marc il recula d’un bond.
Il poussa alors un hurlement terrible et inhumain qui glaça les sangs du garçon alors qu’il se désagrégeait et que son corps s’émiettait en mille morceaux, telle une porcelaine brisée.
Il disparut, se disloquant jusqu’à redevenir de la fumée et retournant ainsi à la pierre par la même légère vapeur bleutée qui l’avait vu naître.
_ Bien joué mon garçon ! s’exclama l’illustration du livre, qui était resté sur le fauteuil.
C’était la deuxième épreuve. Et tu l’as réussie car tu ne t’es pas enfui. Tu n’as pas cédé à ce que t’imposait la pierre pour t’accepter. Peu de gens auraient été capable de ne pas prendre leurs jambes à leur cou à la vue de cette vision ! Maintenant la pierre t’obéira, tu l’as vaincue... Mais reste vigilant car elle peut toujours essayer à nouveau de recouvrer sa liberté qui lui a été arrachée. Elle est capable de te jouer d’autres tours, aux moments où tu t’y attendras le moins, et par des formes des plus variées.
_ La deuxième épreuve ? Répéta le jeune homme dans un souffle, hébété.
_ Comme tu as résisté à la pierre tu peux maintenant ouvrir mon livre, dit l’image avec un grand sourire.
_ Je vais juste te demander quelques secondes, afin de reprendre un peu mes esprits, lui répondit Marc.
_ Mais bien sur, je t’en prie, dit poliment le dessin gravé.
Le jeune homme regarda la pierre taillée qu’il avait dans sa main. La tâche noire avait disparue. Elle était de nouveau jaune, éclatante. Elle ne le brûlait plus mais il sentait que sa peau de sa paume avait souffert.
Après un long moment de silence le garçon se leva et alla la remettre dans la bourse de cuir qu’il ferma et remit à l’intérieur du coffret. Ensuite il reprit le livre et se rassit sur son fauteuil, oubliant de boire ou de manger quoique ce soit et laissant brûler dans l’âtre son dîner…
_ Voyons un peu ce que tu illustres, dit-il au visage, sans tenter de masquer son impatience.
Les pages du grimoire étaient couvertes de textes et d’arabesques alambiquées.
_ Que vois-tu ? demanda l’image d’un ton mielleux.
_ Hum… Plein de textes que je ne comprends pas. Ils doivent être écrits en Haut Lorgar ou dans quelque langue ancienne, répondit Marc.
_ Je le savais ! J’en étais sûr ! Ah, c’est formidable ! Formidable ! Cria le visage, d’une voix suraiguë.
_ Quoi ? Que se passe t’il ? Pourquoi es-tu si contente, illustration ? S’étonna Marc en refermant le livre pour pouvoir la voir.
_ Et bien, mon garçon, je dois t’annoncer que tu as réussi la troisième et dernière épreuve ! S’exclama la tête en lui souriant de nouveau.
_ Vas-tu donc me dire ce que signifient ces épreuves ?
_ En fait, Zalatum était un maître-magicien, et…
_ Un maître-magicien ? dit Marc, incrédule.
_ Oui, un maître-magicien, reprit l’illustration. Les maîtres-magiciens président le Conseil des magiciens. Celui-ci est formé des plus puissants et des plus sages d’entre eux, venus de tous les Collèges de magie du royaume. Ils sont élus pour toute leur vie et ce n’est qu’à leur mort que l‘on en choisit un nouveau. Ce sont eux qui dirigent les magiciens. Et encore aujourd’hui il y a un maître-magicien, qui préside le conseil. Mais revenons à Zalatum.
Lorsqu’il a su qu’il allait mourir il m’a créé, ainsi que le livre que tu tiens dans tes mains, le coffret et la pierre. Mais tout cela dans un seul but. Zalatum ne voulait pas, comme de nombreux autres avant lui, que ses connaissances se perdent. Pour en être sur il les écrivit sur ce grimoire en regroupant aussi tout ce qu’avaient déjà rédigé ses prédécesseurs. Puis il me fit tel que je puisse les expliquer à celui qui passerait avec brio les trois épreuves. Seul…
_ Et la dernière épreuve c’était quoi ? L’interrompit Marc.
_ La troisième épreuve était d’arriver à voir ce qui est écrit sur le livre. Pour quelqu’un qui n’a pas le don c’est impossible. Un puissant sortilège le protège.
_ Et qu’est ce que c’est que le don ? Demanda Marc.
_ Voilà, j’y arrive. Zalatum savait que le savoir qu’il transmettait était puissant et que seul une personne ayant le don, c'est-à-dire une aptitude toute particulière à la magie, pourrait le contrôler sans danger. Il institua donc trois épreuves que seule une personne douée pourrait réussir. Or tu viens d’accomplir ce soir ces trois épreuves. Sans même t’en rendre compte tu as triomphé de tout ce qu’avait institué Zalatum…
Il y eu un petit silence, le garçon et le visage du grimoire se regardèrent dans les yeux. Puis l’illustration parlante reprit,
_ Ma tâche est désormais de t’assister et de t’enseigner la magie.
_ Mais, je ne t’ai pas dit que mes parents étaient magiciens et que depuis leur mort j’essaye d’apprendre à maîtriser la magie. Je suis déjà magicien en fait… Et ils m’ont laissé un grimoire où ils m’expliquaient ce qu’ils savaient sur le sujet.
_ Arrives-tu à faire quelque chose ?
_ Oui. En fait, mes parents protégeaient la nature et travaillaient ce domaine en particulier. Dans ce grimoire ils m’expliquent surtout comment parler aux plantes.
_ Est ce que tu y es déjà arrivé ?
_ Juste à parler aux arbres.
_ C’est déjà fantastique pour ton âge mon garçon ! Dit l’illustration avec comme une sorte de hochement de tête.
Et tu n’utilises pas la magie pour autre chose ?
_ Non, je n’y arrive pas. Je ne sais pas lire le Haut Lorgar, la langue des magiciens…
_ Hum, tu as juste travaillé ton pouvoir personnel alors ?
_ Oui c’est ça. Mais, dis-moi illustration, as-tu un nom ? Demanda Marc au bout d’un moment.
_ Oui, lorsque le magicien m’a créé il m’a appelé Ledd.
_ Et bien il faut que je te dise bonsoir Ledd, je vais dîner. Cela ne te déranges pas si je te remet dans le coffret, avec la pierre ?
_ Non, non ne t’inquiète pas pour moi mon garçon.
_ Très bien, alors bonne nuit Ledd.
_ Bonne nuit Marc, répondit gentiment le visage alors que le jeune homme le rangeait.
Et il alla s’asseoir à table. Il avait oublié de sortir sa soupe du feu : elle était carbonisée. Il pris à la place un quignon de pain. « Que de choses lui était arrivées aujourd’hui !
Lui qui était habitué à une tranquille vie de campagnard… » Pensa t’il en mangeant.
Ses yeux commençaient à se fermer tous seuls sous l'effet de la fatigue. Il eut un petit frisson en repensant au personnage ténébreux qui était sortit de la pierre. « Serait-il là à chaque fois qu’il la sortirait de la bourse de cuir ? Et d’ailleurs à quoi pouvait elle bien servir ? Peut être n’avait elle que comme fonction de constituer une épreuve ? Ou alors avait-elle aussi des propriétés magiques ? »
Il avait oublié de le demander à Ledd…
« Quel étrange personnage que ce Ledd ! » Repensa t’il. Il ne savait pas qui il était vraiment, mais ses intentions paraissaient amicales.
Etre l’élève d’une illustration parlante gravée sur un grimoire ! C’était une histoire à dormir debout… Pourtant c’était bien la réalité, le jeune homme n’avait pas rêvé, le coffret sculpté devant lui en était la preuve formelle…
Il verrait tout cela le lendemain, il était trop fatigué pour rouvrir de nouveau le livre ce soir. Et après avoir fini son piètre dîner et fait la vaisselle, le garçon alla se coucher.
Tout cela faisait beaucoup de questions sans réponses mais il avait la vie entière pour y répondre…
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